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Discours d'Émile Borel à l'Académie des Sciences

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Discours d'Émile Borel à l'Académie des Sciences
written by Émile Borel
1934



  • Discours d'investiture d'Émile Borel à l'Académie des Sciences
  • COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
  • SÉANCE DU MERCREDI 5 JANVIER 1934.
  • PRÉSIDENCE DE M. CHARLES RICHET, PUIS DE M. EMILE BOREL.

En prenant possession du fauteuil de la Présidence, M. Émile Borel s'exprime en ces termes :

Mes chers Confrères, J'ai été très sensible à l'honneur que vous m'avez fait en, m'appelant à présider vos séances, et je m'efforcerai de justifier votre confiance par mon zèle et mon dévouement aux intérêts de l'Académie et de la Science. Succéder à notre illustre Confrère Charles Richet m'apparaîtrait comme une charge bien lourde, si je ne savais qu'elle sera singulièrement allégée par le concours de nos dévoués Secrétaires perpétuels et de notre Vice-Président M. Daugeard. Ce fut pendant quelques années une habitude presque rituelle chez vos Présidents de déplorer en cette première séance le bruit des conversations qui empêchent souvent d'entendre les orateurs et de vous exhorter, sans trop d'espoir d'ailleurs, à réformer vos habitudes. Ces exhortations n'ont pas eu grand succès, et je ne crois pas que personne le regrette vraiment, car nous sommes habitués à l'atmosphère si vivante de notre Académie et aucun de nous ne désirerait que la physionomie de nos réunions hebdomadaires fût trop profondément modifiée; nos séances n'ont rien de cette solennité un peu froide que l'on qualifie quelquefois d'académique, dans un sens légèrement péjoratif. Cela tient à ce que notre Académie est véritablement le centre le plus important de l'activité scientifique française; les savants étrangers de passage à Paris viennent à nos réunions, car ils sont certains d'y rencontrer, non seulement des Membres et des Correspondants de l'Académie, mais d'autres savants français, parisiens et provinciaux. De nombreuses questions concernant les progrès de la science et l'organisation de la recherche scientifique sont traitées ici tous les lundis, parfois dans les communications officielles, souvent aussi dans des conversations particulières. Je me contenterai donc d'émettre, après beaucoup de mes prédécesseurs, le voeu que ces deux formes d'activité et de travail puissent continuer à coexister, en se gênant mutuellement le moins possible. On s'intéresse dans cette demeure à tout ce qui peut être utile à la Science; c'est dire que l'initiative de notre confrère Jean Perrin pour la création d'un service de la recherche scientifique a rencontré ici un accueil particulièrement favorable, et que nous avons applaudi aux réalisations obtenues, grâce à la foi agissante et à l'enthousiasme communicatif de notre éminent Confrère. L'oeuvre qu'il a entreprise va avoir son couronnement par l'organisation définitive très prochaine du Conseil supérieur de la recherche scientifique dans lequel l'Académie occupera une très large place, tant par ses délégués officiels que par ceux de ses Membres qui y figureront à des titres divers. Les effets bienfaisants de cette nouvelle organisation ne tarderont pas à être reconnu de tous, et les inquiétudes sur l'avenir de la science française qu'avaient manifestées au lendemain de la guerre beaucoup de nobles esprits, parmi lesquels vous me permettrez de citer nos regrettés confrères Charles Moureu, Paul Appell et Paul Painlevé, se trouveront définitivement apaisées. Il est remarquable et l'on pourra trouver paradoxal que cette organisation systématique de la recherche scientifique se réalise en France à un moment où quelques esprits distingués mettent en doute la valeur et l'importance humaine jusqu'ici incontestée de la Science et de ses applications. La crise sévère que subit l'univers entier a provoqué bien des théories et bien des systèmes. Tout a été dit à son sujet, y compris les affirmations les plus contradictoires. Certains ont ainsi soutenu que la Science est la grande responsable de la crise, que le chômage et la misère sont dus aux progrès du machinisme, et l'on a été jusqu'à préconiser une trêve des inventeurs. Pourquoi pas une mise en sommeil des savants et des laboratoires? Il ne faudrait pourtant pas déplacer les responsabilités. Le simple bon sens devrait forcer chacun à reconnaître que si, grâce aux progrès de la Science, on produit avec moins de travail tous les objets nécessaires ou simplement agréables, si l'on arrive également à éviter certaines maladies et à prolonger la vie humaine, les hommes devraient pouvoir, non seulement améliorer leur existence matérielle, mais également, grâce aux loisirs accrus, goûter des joies intellectuelles et artistiques jusqu'ici réservées à un trop petit nombre. Pour que ces prévisions optimistes se réalisent, il est évidemment nécessaire que les progrès de la Science et de l'industrie soient accompagnés de progrès correspondants dans les méthodes de circulation et de distribution des richesses. Il ne servirait de rien d'augmenter la production du blé, de la viande, des vins ou du café si ces produits devaient s'accumuler dans certains pays en quantité surabondante, alors qu'ils feraient défaut ailleurs. Mais ces questions économiques, auxquelles se mêlent souvent très fâcheusement des questions politiques, ne sont pas de notre domaine; nous ne pouvons qu'émettre des voeux à leur sujet, et nous clivons consacrer, comme par le passé, tous nos efforts à servir de notre mieux la Science, qui est tout d'abord la recherche désintéressée de la vérité, mais qui doit être aussi la source féconde du progrès matériel et moral de l'humanité. Je vous invite, mes chers Confrères, à reprendre le cours de nos travaux.

  • Source: Site internet de l'Académie des Sciences
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