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L'instabilité posturo-psychique chez l'enfant

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L'instabilité posturo-psychique chez l'enfant
written by Henri Wallon
1963



  • L'instabilité posturo-psychique chez l'enfant

L'instabilité s'observe très fréquemment chez l'enfant. Elle peut cependant avoir des origines et des formes différentes. Dans certains cas, elle peut être le résultat d'une mauvaise éducation. Par son indulgence, son manque d'autorité ou son insécurité, le milieu peut être responsable d'exigences constamment renouvelées, de désirs qui n'ont d'autre objet qu'eux-mêmes, d'insatisfactions chroniques, toutes causes qui maintiennent l'enfant dans un constant état d'attente, d'incertitude, d'inquiétude, d'avidité sans limites, de déceptions inévitables. De là vient l'instabilité affective qui peut d'autre part être alimentée par un certain déséquilibre physiologique, par des perturbations de la sensibilité neuro-végétative que celle-ci peut, à son tour, avoir provoqué ou faire durer.

Il existe également des cas où l'instabilité de l'enfant est la conséquence d'une croissance fonctionnelle déficiente ou irrégulière, dont les effets mêmes ne demeurent pas liés à leur domaine originel, mais ont des répercussions parfois plus durables qu'eux-mêmes sur d'autres formes d'activité. Ceci se produit en particulier pour le mouvement dont l'évolution rapide et complexe peut présenter des déficiences qui ne compromettent pas seulement le mouvement lui-même, mais sont d'autant plus susceptibles d'agir sur le psychisme que plus grande est l'importance de celui-ci dans le comportement de l'enfant.

Dans des publications antérieures, j'ai décrit les syndromes moteurs qui accompagnent certaines particularités affectives et intellectuelles. Ce sont le syndrome subchoréïque, le syndrome asynergique, le syndrome d'hyper - tonie réflexe. Plus tard, j'ai constaté qu'à ceux-ci il fallait en ajouter un autre qui, tout d'abord, leur avait été plus ou moins associé. C'est le syndrome d'instabilité posturo-psychique décrit ici pour la première fois. De ces syndromes le plus fréquent est l'instabilité subchoréique. Comme son nom l'indique, elle a l'aspect d'une très légère chorée et consiste en petites secousses qui agitent brusquement la tète, les segments du tronc et les membres. Elles ressemblent à de légers sursauts parcellaires et nettement asymétriques.

  • (1) Article extrait de Infanzia Anormale, 12, 1955.

La langue tirée hors de la bouche est généralement agitée de mouvements irréguliers, de contractions musculaires qui vont d'un faisceau à l'autre et sont caractérisées par une sorte d'asynchronisme fonctionnel. Le regard est capable de suivre un objet qui se déplace transversalement devant lui, mais avec des secousses des globes oculaires quand ceux-ci arrivent à la moitié ou à la fin de leur course, c'est-à-dire, lorsque doit s'établir l'échange entre la fonction agoniste et la fonction antagoniste des muscles internes et externes. L'effort de la main pour étreindre ce qu'elle tient est irrégulier, c'est-à-dire, qu'il n'est jamais équivalent du côté rad-al et du coté cubital, mais que son maxima passe, sans rythme régulier, de l'un à l'autre. Le tracé dynamographique présente des hachures plus ou moins espacées, plus ou moins accentuées, mais ne s'éloigne pas, en fait, de la courbe prévue Les réflexes tendineux passent par des phases d'exagération lorsqu'ils coïncident avec un influx nerveux spontané et par des phases réfractaires au cours desquelles il est impossible de les provoquer ; leur décontraction est tantôt imprévue, tantôt suspendue, tantôt pendulaire, tantôt sinueuse par suite de la décontraction non simultanée des faisceaux internes et externes. Il se produit également une asymétrie permanente du tonus musculaire qui se traduit au visage par une prédominance latérale du sillon naso-génien et à la colonne vertébrale, par une scoliose.

L'agitation subchoréique peut être interrompue par un geste volontaire à condition qu'il soit de courte durée et elle n'exclut pas une certaine agilité et une certaine adresse de mouvements. Le geste des marionnettes par exemple peut être correct et même rapide quoi qu'il puisse arriver qu'il se bloque très brusquement. Les syncinésies sont diffuses et alternativement en flexion et en extension. Elles peuvent également consister en secousses subchoréiques de la plus grande amplitude dans les régions proches de celle où s'accomplit l'action. Ce genre d'instabilité suscite chez l'enfant un besoin et un plaisir de se mouvoir, de se lever, d'aller et venir, de tourner sur lui-même, de se dresser sur la pointe des pieds, de réagir vivement à toute sollicitation extérieure.. Il présente une espèce d'incontinence des réflexes aux stimuli du milieu et est prompt à subir les distractions d'origine sensorielle.

Si l'acte volontaire est susceptible de suspendre momentanément l'agitation subchoréique à l'inverse l'effort intellectuel et par-dessus tout l'émotion l'augmente. Cette dernière semble en effet lui être étroitement associée : l'enfant subchoréique est, en fait, un émotif. Il réagit facilement par la rougeur du visage et par des larmes abondantes aux situations qui le contrarient. Mais ces émotions fugitives s'apaisent avec la même rapidité qu'elles surgissent.

L'enfant subchoréique est impulsif d'une impulsivité adaptée à son objet mais fugace. Il veut plier ses camarades à ses fantaisies mais sans persévérance, de sorte que plutôt que de diriger les jeux il les désorganise. Dans la mesure où l'acte précède la réflexion les écarts de conduite sont fréquents : colères, mensonges, brutalités, fugues, signes divers d'inadaptation sociale. D'ailleurs il ne s'agit pas d'une inadaptation primaire ou essentielle mais occasionnelle car le jugement peut demeurer sain et témoigner d'un sentiment de responsabilité.

Entre le niveau d'intelligence et l'instabilité il n'existe pas de corrélation : l'instable est nécessairement impulsif et intuitif et son rendement est déficient quand il s'agit de combiner différents éléments pour atteindre à une solution juste. Si au contraire ces éléments peuvent être appréhendés en une seule fois il peut aboutir rapidement à la solution.

Tout son comportement est donc influencé, à des degrés divers et de façon plus ou moins directe, par cette désorganisation, toutefois légère, des fonctions motrices. Les manifestations proprement subchoréiques disparaissent d'elles-mêmes vers la quinzième année tout en restant susceptibles de réapparaître sous l'influence de l'émotion ou de la fatigue mais le comportement psychique en demeure marqué, soit par suite des habitudes mentales qu'elles ont pu déterminer, soit qu'elles aient été elles-mêmes l'expression de conditions physiologiques incomplètement abolies ou compensées.

Un autre syndrome moins fréquent consiste lui aussi en un complexe de réactions motrices et mentales. Il se caractérise par une hypertonie habituelle qui présente des réflexes renforcés et de brusques chutes. L'attitude est contractée avec les coudes collés au corps, la tête légèrement inclinée et comme déviée par un faible torticolis, les lèvres serrées et creusées aux extrémités, les sourcils froncés et écartés comme cela se produit dans les cas d'éblouissement. Si la contraction atteint les muscles vocaux la voix peut devenir par intervalles voilée et parfois rauque. Les réflexes tendineux sont brusques et vifs mais immédiatement bloqués par des contractions presque simultanées des muscles antagonistes. Le dynamogramme est presque rectiligne mais se termine vite par une chute brusque et définitive de l'effort.

Cette tension d'origine musculaire que l'on peut assimiler à la tension d'origine pallidale et les petites décharges motrices qu'elle suscite s'exagèrent quand l'enfant doit affronter d'autres personnes et en particulier des adultes. Mais par contre si on lui demande de faire un effort d'attention un peu soutenu il peut se produire dans toute sa personne un relâchement musculaire qui peut aller, au moins en apparence, jusqu'à l'engourdissement intellectuel et la somnolence.

Ces modifications réflexes d'attitudes en présence d'autrui rentrent dans celles que j'ai proposé d'appeler réactions de prestance. Ici, comme presque toujours, elles s'accompagnent de réactions psychiques sans qu'il soit possible le plus souvent de décider lesquelles sont primaires et lesquelles secondaires. Dans ces cas d'hypertonie réflexe l'adaptation sociale de l'enfant paraît perturbée. On dirait que le contact avec les personnes lui soit pénible surtout si il les juge ou les sent investies d'autorité. En présence des adultes il est tour à tour ombrageux, fuyant, opposant, désobéissant, brutal.

D'autre part on dirait que lui-même subit ces variations d'attitudes plus qu'il ne les veut. Dans un nouveau milieu il commence par se montrer plus souple, prévenant, serviable au point de tromper ceux mêmes qui sont informés de ses attitudes antérieures. Puis à mesure qu'il s'habitue au milieu il s'y montre réfractaire comme s'il éprouvait du dégoût ou une obscure angoisse. Il redevient alors sournois et violent, joue des tours à ses camarades ou aux professeurs, encourage les autres à l'indiscipline, cherche à s'en faire des complices parfois inconscients. Il peut aussi organiser en secret des incidents même dangereux comme pour se procurer un état d'attente dont il se sentira délivré quand l'événement prévu se sera produit. Il se procure ainsi une évasion à ses dispositions anxieuses ; en les objectivant il a l'illusion de pouvoir les liquider.

Le syndrome d'asynergie motrice et mentale est un autre exemple de combinaison entre manifestations motrices et psychiques. Il est attribué à l'insuffisance du cervelet dont la fonction est de régler dans l'appareil musculaire l'exacte répartition du mouvement et de l'immobilité conformément aux exigences de l'exécution de l'acte. De cette manière il assure l'équilibre de la marche et de la station debout en compensant, au moyen des contractions toniques appropriées du tronc, les déplacements du centre de gravité provoqués par le déplacement des membres, les poussées ou les résistances rencontrées à l'extérieur ou simplement les légers fléchissements du corps dus à l'influence de la pesanteur. La régulation combinée du mouvement et du tonus postural apparaît encore plus délicate dans les actions des membres supérieurs parce qu'elle doit progressivement transformer en points d'appui fixes des segments auparavant mobiles ; par exemple pour prendre une épingle à une certaine distance sur la table il faut successivement immobiliser le bras, l'avant-bras, la main et enfin limiter le mouvement à un simple déplacement du pouce et de l'index.

L'asynergique est incapable de s'immobiliser complètement. S'il doit rester « sans bouger » il présente rapidement des oscillations même légères qui peuvent l'obliger, pour conserver l'équilibre, à déplacer un pied. Cette instabilité posturale est différente de celle qu'on observe dans la subchorée où se produisent de brusques décharges centrifuges, d'ailleurs plus ou moins massives, alors que l'ensemble du corps oscille autour de son axe vertical. D'autres oscillations se manifestent dans le déplacement des deux yeux au moment où les globes oculaires passent par le plan médian ou arrivent à leurs positions extrêmes. Il ne s'agit plus ici de secousses régulières comme chez les subchoréiques, mais d'une alternance plus ou moins bien rythmée des muscles externes et internes qui s'apparente à un véritable nystagmus. La langue elle-même est le siège de mouvements qui sont moins improvisés et plus symétriques que dans la subchorée et consistent en des alternances de rétraction et de protrusion, d'élargissement et de rétrécissement. Ainsi des muscles dont l'action est réciproquement antagoniste n'atteignent pas un équilibre stable sans doute par déficience d'une régulation tonique suffisamment précise.

C'est ce trouble dans le jeu des agonistes antagonistes que Babinski a voulu mettre en évidence chez les sujets cérébelleux par le mouvement alterné de pronation supination qui constitue le test des « marionnettes » . Cela suppose en fait un renversement alternatif des fonctions des groupes des muscles radiaux et des muscles cubitaux ; il y a là une régulation motrice que l'insuffisance du cervelet rend impossible. Mais cette épreuve révèle un autre désordre également fondamental : la dislocation du soutien qui devrait servir de point d'appui au mouvement. En fait le geste correct de l'avant-bras est rendu impossible parce qu'il entraîne avec lui le coude et l'épaule. Ces déplacements diffus et incoordonnés se généralisent à tout le corps si l'effort qu'il doit accomplir tend vers un maximum, par exemple au cas où il doit tenir le plus longtemps possible un poids à une hauteur donnée. La courbe dynamométrique présente alors une succession d'aspérités qui forment des clochers et des dépressions aiguës et profondes. De toute manière, même pour une fatigue limitée, la stabilisation posturale est toujours vacillante et hésitante ; ainsi, par exemple, le poignet tourne dans différentes directions pour mieux assurer la prise de la main qui retient un objet.

Cette incertitude de la régulation tonique, cette insuffisance de la cohésion posturale et la discontinuité qui en résultent dans l'exécution de l'acte ont des répercussions sur le comportement psychique des jeunes asynergiques.

C'est d'abord une sorte d'incontinence émotionnelle. Il arrive que le simple effort musculaire se traduise par un rire comme s'il était la cause d'une diffusion mal contrôlée du tonus à travers les muscles thoracoabdominaux.

Egalement fréquentes sont les décharges dues à des influences psychiques mais déclenchées par des motifs souvent futiles et chez des sujets qui paraissent ne pouvoir supporter un accroissement, même faible, de tension.

L'insuffisance de l'adaptation posturale se fait sentir également dans le domaine de l'activité perceptive et de l'activité intellectuelle, se traduisant par des intermittences de la fixation sensorielle et une insuffisance de liaison entre les représentations mentales. Ainsi surviennent constamment ce que l'on considère comme des troubles de l'attention ou des changements parfois incohérents d'objet, incohérence qui ne résulte pas d'un défaut de raisonnement mais d'interruptions et de lacunes dans le développement des images et des idées. Les conséquences de tels faits sur le déroulement normal des opérations mentales peuvent être sérieuses.

Le langage porte la trace de ces insuffisances motrices et psychiques. Chez certains enfants la période des dyslalies peut se prolonger pendant plusieurs années ; les consonnes présentent pour eux des difficultés particulières parce que, dans leur phase d'accoutumance, elles exigent des accomodations toniques extrêmement -différenciées.- Dans des cas particulièrement accentués d'asynergie l'élocution et la syntaxe de la phrase peuvent être atteintes : les syllabes se succèdent de manière monotone séparées entre elles par de brefs intervalles irréguliers et sans continuité dynamique ; c'est la parole scandée. Les termes de liaison disparaissent et le langage est du type « petit nègre » ou agrammatical. Les activités mentales peuvent donc être profondément lésées par l'asynergie.

A ces trois formes d'instabilité motrice et mentale : subchorée, hypertonie réflexe et asynergie il faut en ajouter une autre qui a pu paraître se confondre avec l'une ou l'autre d'entre elles et en particulier avec le syndrome d'asynergie c'est l'instabilité posturo-psychique.

Elle présente d'abord certains aspects de l'asynergie. Les attitudes semblent inconstantes et incapables de se maintenir sans points d'appui. Quand il est sur ses pieds l'enfant cherche avec la main un meuble auquel s'appuyer, il arque le tronc ou se déhanche, plie un genou puis l'autre. S'il écrit eu dessine il s'abandonne sur la table avec la tête baissée, les épaules comme désarticulées et change continuellement de position. Ces changements de posture semblent plutôt orientés vers la recherche d'une attitude plus commode ou plus avantageuse que liés à une action quelconque, et semblent plutôt traduire des impressions subjectives que répondre à des intentions objectives. Par là elle se distingue de l'instabilité asynergique oui peut parfaitement troubler l'activité posturale mais altère également l'activité orientée vers le milieu extérieur. Les dynamogrammes sont extrêmement différents dans les deux cas. Au lieu des aspérités constantes et profondes observées dans l'asynergie le tracé est ici assez régulier et présente seulement de temps en temps une pointe de moyenne amplitude ou encore une descente ondulée qui ressemble à peine à une descente en échelle. La courbe ne descend pas au-dessous de l'indice qui désigne la hauteur à laquelle doit être tenu le poids. Ce qui revient à dire que l'effort demeure égal à lui-même malgré les contorsions auxquelles se livre l'enfant. Les variations souvent brusques sont compensées par une régulation assez constante de la force à déployer. Cette constance et cette bonne orientation sont exactement le contraire des perturbations motrices et posturales oui constituent l'asynergie.

Tout d'abord il ne semble pas possible, en fait, de la confondre avec la subchorée. Les déplacements subchoréiques sont plus réduits, plus fragmentaires, plus inorganisés soit au point de vue des attitudes soit au point de vue de la motricité. Toutefois l'agitation musculaire du subchoréique détermine souvent chez lui des besoins de dépense motrice ou posturale qui peuvent conduire à des réactions définies, cohérentes et ordonnées comme celles qui s'observent dans l'instabilité posturo-psychique. Et d'autre part les deux syndromes ne s'excluent pas nécessairement. Certains enfants les présentent tous les deux à des degrés différents. Il s'agit donc de déterminer le degré prédominant de l'activité : plus orientée vers le monde extérieur et plus impulsive dans la subchorée, d'origine plus subjective et plus tournée vers la manifestation ou l'expression de soi-même dans le syndrome posturo-psychique.

Entre le syndrome d'hypertonie réflexe et le syndrome posturo-psychique le seul trait commun semble être l'importance du facteur psychique ; le problème qui pourrait se poser est celui de savoir si c'est celui-ci ou le facteur neurologique qui constitue le point de départ de leurs réactions réciproques.

Des particularités neurologiques qui se rencontrent dans le syndrome d'instabilité posturale, les unes sont communes aux différents cas d'instabilité ou de troubles caractériels qui se présentent à notre consultation (l)r les autres sont beaucoup plus fréquentes qu'ailleurs. Par exemple les réflexes cutanés abdominaux sont, pour l'ensemble des enfants qui viennent à notre consultation, vifs dans 36 % des cas et faibles dans 29 %. La différence n'est pas significative (k 2 = 0,68), au contraire la différence est beaucoup plus certaine avec les réflexes tendineux. Les patellaires sont, pour les enfants de notre consultation, vifs : 26,75 %, faibles : 44,75 % ; dans l'incontinence posturale : vifs : 3,3 %, faibles : 70 % (k 2 = 11,99 ; niveaux de P = .01).

Le résultat est du même ordre avec les réflexes stilo-radiaux à la consultation : vifs : 30 %, faibles : 34,25 %. Incontinence posturale : vifs : 3,3 %, faibles, 56 % (k2 = 15,46, P = .01). Mais le niveau de différence s'abaisse avec les réflexes olécraniens et achilléens. Réflexes olécraniens des enfants de la consultation : vifs : 13,50 %, faibles : 44,5 % ; incontinence posturale: vifs : 3,3, faibles : 36,6 (k2 = 3,48; P = .10); réflexes achilléens des (i) Les 56 enfants qui présentaient une instabilité posturale (40 garçons et 16 filles) ont été comparés à 400 enfants (261 garçons et 139 filles) pris au hasard parmi les enfants venus à ma consultation. Les enfants examinés sont des instables, des caractériels ou présentant de légers déficits intellectuels.

Enfants de la consultation : vifs : 18,25, faibles : 34 ; incontinence posturale : vifs : 6,6, faibles, 46,6 (k2 =3,37, P = .10). On pourrait encore opposer le sommeil agité et l'énurésie au cours du sommeil. Le pourcentage des enfants qui s'agitent en dormant est beaucoup plus élevé parmi ceux qui présentent de l'incontinence posturale que parmi les autres : consultation : 23,25 ; incontinence posturale : 50 (k 2 = 10,28, P = .01). Au contraire pour l'énurésie nocturne la proportion est exactement la même : 44,24 pour les deux catégories d'enfants. Ceci doit faire supposer ou qu'il existe une cause beaucoup plus générale à cette différence des syndromes moteurs et caractériels ou qu'elle est étrangère à ces dernières ou qu'elle subit des influences extrêmement variées.

Une opposition qui est tout d'abord assez surprenante est celle qui se manifeste entre deux formes de la timidité : la timidité inhibition et la timidité colère. Pour la première on rencontre une fréquence égale entre l'ensemble des consultants et les instables posturaux : 45,25 et 53,33. Pour la timidité irritée : consultants 22,75 ; incontinents posturaux, 43,33 % (k2 = 6,31, P = -05). Pour la colère pure les proportions sont du même ordre : consultation, 50,75 ; incontinence posturale, 73,33 % (k 2 = 5,70, P = .05). On doit encore noter dans l'instabilité posturale la forte proportion des troubles de l'attention et de la vantardise fabulatrice. Pour cette dernière la proportion est de 10,75 % pour l'ensemble des enfants de la consultation est de 30 % dans l'incontinence posturale (k 2 = 9,88, P = .01). Pour les troubles de l'attention : consultation, 9,75 ; incontinence posturale, 66,66 % (k2 = 10,56, P = .01).

L'association timidité - colère semble liée à un caractère fondamental du syndrome posturo-psychique, c'est-à-dire à l'influence prédominante sur le comportement d'une partie de ce que j'ai proposé d'appeler sensibilité et réaction de prestance. Il s'agit de l'effet produit par la présence d'autrui et des attitudes qui y correspondent. Elles peuvent être élémentaires et frustes et comporter, comme chez les animaux, seulement des réflexes de défense ou d'agression. Elles peuvent se compliquer de l'image que les deux personnages se font de leurs rapports réciproques et ne peuvent manquer de se produire dans les rapports interindividuels. Elles peuvent cependant être contenues ou dissimulées chez les individus suffisamment capables de contrôle sur eux-mêmes et peuvent également être exprimées spontanément ou volontairement. Elles sont néanmoins le reflet des dispositions intimes qui commandent le climat de vie sociale propre à chacun. La force de leur influence varie toutefois beaucoup selon les personnes et leur prépondérance exclusive, absolue est caractéristique de la personnalité pathologique.

A l'occasion du syndrome d'hypertonie réflexe nous avons constaté cette espèce d'éblouissement douloureux que l'enfant éprouve en présence des adultes et ses tentatives ambivalentes pour conjurer cet embarras soit par une complaisance et une espèce de servilité ou il s'épuise, soit par une activité sournoise et malveillante. Les réactions de prestance sont, dans ces cas, réactions d'anxiété. Des alternatives analogues ont été observées chez les instables posturaux qui sont, tour à tour, empressés et hostiles. Leur orientation affective est pourtant d'habitude assez différente étant plus portée aux démonstrations spectaculaires qu'à l'inhibition.

Non qu'ils ignorent les réactions dépressives : certains révèlent des craintes souvent imaginaires, se montrent timorés, sont d'une pudeur parfois pathétique et se servent de tous les moyens d'expression à leur disposition.

Mais le plus souvent ils adoptent des attitudes qui les avantagent, même et surtout quand la situation pourrait tourner à leur désavantage. Un enfant maladroit utilisera sa gaucherie à faire le bouffon et aux contorsions qui lui sont imposées par son instabilité posturale, il cherchera à mettre intentionnellement un masque. Si l'instabilité le porte à être déhanché il fera semblant d'être un fanfaron et de se méfier des autres ; si au contraire il penche le buste en avant il fera semblant d'apercevoir quelque chose dans le lointain. Eventuellement il aura des gestes de tendresse ou de coquetterie. D'une manière générale cette espèce d'inquiétude posturale qui le conduit à chercher constamment une attitude plus commode, plus appropriée à la manière de l'insomniaque qui cherche le sommeil, se canalise dans la mesure du possible dans ses moyens d'expression. Mais nécessairement les situations correspondantes sont plus ou moins fictives et imaginaires. De là une espèce d'habitude à se projeter hors de la réalité.

L'instable postural est très fréquemment fabulateur, vantard, arrogant, exagérateur ; il a besoin de se magnifier à tout prix aux yeux des autres même quand il donne des preuves d'incertitude et de crainte des comparaisons. A ce sentiment intime d'insuffisance il paraît vouloir chercher des compensations gesticulatoires et verbales. En fait son incontinence n'est pas seulement posturale mais souvent aussi logorréique. L'énonciation des phrases et des paroles peut dans certains cas être défectueuse, désordonnée mais néanmoins le bavardage continue.

L'interprétation physiologique de l'instablité posturo-psychique est beaucoup plus ambiguë que celle des trois syndromes qui ont servi de comparaison pour pouvoir la définir. Pour deux d'entre eux au moins le point de départ est manifestement sous-cortical. L'instabilité asynergique présente tous les signes de l'insuffisance cérébelleuse. De là résultent des troubles souvent profonds de l'activité mentale qui surviennent parce que celle-ci a, comme base nécessaire, cette fonction d'équilibre et de continuité qui est le soutien de toute activité. Avant tout chez l'enfant encore dépourvu d'habitudes autonomes les dépendances inter-fonctionnelles sont pressantes.

Dans la subchorée les fixations perceptives et intellectuelles sont compromises de l'extérieur et accidentellement par le déclenchement brutal des secousses musculaires sporadiques que l'activité volontaire tente de maîtriser ou d'éviter mais qui sont aggravées par l'émotion. Ce qui revient à dire qu'il y a lutte entre l'activité corticale et une irrégularité sous-jacente.

Avec le syndrome d'hypertonie réflexe les réactions de prestance passent au premier plan ; les rapports entre l'activité consciente et les manifestations posturales sont beaucoup plus étroites. Ces dernières paraissent certes constituer le trouble primaire créant un état de tension pénible qui cherche à se résoudre au travers du comportement du sujet par le moyen d'incidents qui le distraient. Leur recherche devient le but principal et l'initiative peut alors passer à l'activité volontaire. La réciprocité est, dans ce cas, très étroite.

Dans le comportement de l'instabilité posturale prédominent encore les réactions de prestance mais leur tonalité est tout à fait différente. Au lieu d'être subreptices elles se manifestent ouvertement. Les mensonges ne sont pas mensonges de dissimulation mais de jactance. Les façons d'agir et les attitudes dénotent l'intention de se donner une certaine contenance aux yeux des autres. Mais ce qui de cette manière se manifeste dans le domaine de l'expression c'est seulement l'impuissance à conserver l'attitude du moment, à contenir le flux des attitudes naissantes ; c'est une inconsistance et une incontinence des réactions musculaires au niveau de ces complexes organisés que constituent les prises de position, en d'autres termes au niveau des automatismes de posture. Chez ces enfants instables il semble exister dans le domaine des attitudes une excitation qui tendrait à submerger l'activité et la conscience si pour y mettre ordre celles-ci ne fournissaient aux enfants eux-mêmes des prétextes issus des rapports avec les autres, rapports souvent imaginaires et fictifs mais qui constituent néanmoins des soutiens pour leur personnalité chancelante.

Le syndrome d'instabilité posturo-réflexe est donc un exemple de l'unité qui tend sans cesse à s'établir ou à se rétablir par action et réaction réciproque entre les différents niveaux de l'activité nerveuse.

  • Source: revue numérique Persée
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