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Les références de la pensée courante chez l'enfant

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Les références de la pensée courante chez l'enfant
written by Henri Wallon
1948



  • Les références de la pensée courante chez l'enfant (1)
  • (1) Article extrait de L'Année Psychologique, 1948.

Dans le déroulement des pensées qui l'occupent successivement, l'esprit précise l'image des objets ou des situations qui s'offrent à lui par référence à des systèmes usuels de relations ou de représentations. C'est sa façon de réagir aux impressions reçues, de les identifier, de leur donner une signification ; faute de quoi elles resteraient flottantes, dans une sorte de rêverie indécise et inconsistante. Ces références varient avec la nature des situations ou des objets, mais aussi avec les habitudes, les aptitudes, les tendances ou même avec les intérêts momentanés de chacun.

Il a paru intéressant de rechercher celles qui peuvent se rencontrer chez des enfants de 6 à 9 ans. Comme il est impossible de saisir la pensée spontanée de l'enfant, il était nécessaire de la provoquer, ce qui ne manque pas d'être artificiel, mais ne peut cependant susciter que des façons coutumières de réagir. L'enfant aimant questionner ou s'interrogeant souvent lui-même sur l'événement qui vient d'attirer son attention, c'est cette disposition naturelle qu'on a voulu utiliser. A une proposition énonçant un fait de son expérience familière il devait répondre par une question, puis c'est à lui-même qu'on demandait de donner la réponse à sa propre question. En fait, l'enfant si questionneur spontanément, éprouve une grande difficulté à réaliser, sur consigne, l'attitude du questionneur. Il va droit à la réponse, à la remarque, à la réflexion qu'aurait pu amener sa question. Et ce n'est pas simple écononomie d'un terme de passage reconnu inutile : il semble bien d'une inaptitude primitive à jouer un personnage conditionnel, inaptitude d'autant plus marquée que l'enfant est plus jeune. On n'insistait donc pas sur la consigne de la question, le but de la recherche étant de connaître le corrélatif le plus spontanément donné par l'enfant au fait qui lui était suggéré.

Les enfants examinés fréquentaient une école de garçons à Boulogne-sur-Seine, près de Paris. Leurs parents étaient pour la plupart des employés, de petits fonctionnaires, des ouvriers métallurgistes, des artisans. Ils avaient entre 6 et 9 ans. Les réponses des enfants ayant dépassé cet âge portaient souvent la trace de thèmes scolaires uniformes. Elles étaient manifestement l'écho d'exercices faits en classe. Ceci semble indiquer que vers 10 ans se développe l'aptitude à raisonner selon les directives définies ; mais ce genre de réponses n'avait pas d'intérêt pour la présente recherche.

  • Enfants de
  • 5,5 à 6 = 8
  • 6 à 7 = 30
  • 7 à 8 = 34
  • 8 à 9 = 25

Les phrases qui leur étaient proposées, au nombre de 24, étaient réparties en 4 séries de 6, ceci uniquement pour rendre le fractionnement de l'examen plus facile.

  • Série A :

1° Les rues sont couvertes de neige.

2° Le chien et le chat se battent.

3° II est parti se promener dans les bois.

4° La poule a pondu un oeuf.

5° II a renversé l'encrier sur son cahier.

6° La Seine a inondé les caves.

  • Série B:

1° Le vent secoue les arbres.

2° Les moutons se sauvent devant le chien.

3° Les enfants vont se baigner.

4° Il s'est cassé la jambe en courant.

5° Le pêcheur jette un filet dans l'eau.

6° Les nuages cachent le soleil.

  • Série C:

1° La mer a de grosses vagues.

2° II a eu le doigt pincé dans la porte.

3° II y a de la glace dans les ruisseaux.

4° Sa mère lui a défendu de sortir.

5° L'eau des fleuves s'en va à la mer.

6° II a cueilli un gros bouquet de fleurs.

  • Série D:

1° La nuit il y a des étoiles.

2° Les ouvriers construisent la maison.

3° L'auto est tombée dans la Seine.

4° II n'y a de papillons que dans la belle saison.

5° Sa balle a cassé la lampe.

6° Dans les bois il n'y a plus de fleurs.

Le dépouillement des réponses a permis de les grouper en deux grandes catégories : celles qui se bornent à identifier le fait énoncé ou à l'analyser et celles qui le complètent par quelque circonstance extérieure. Pensée statique d'une part, pensée transitive de l'autre.

Les premières présentent des niveaux variables de complexité. Le plus bas d'entre eux consiste dans une simple adhésion ou non-adhésion subjective : confirmation, « c'est vrai... c'est comme ça » ; doute, refus, critique, affirmation contraire, « y a pas de neige dans les rues ». Sur le plan d'une objectivité plus grande, l'enfant peut se contenter de répéter le fait énoncé.

Cette tautologie dépasse la simple écholalie ; elle répond à la prise de conscience d'un fait désormais admis comme réel. Elle l'insère dans un ordre de choses qui dépasse celui de la simple représentation. La tautologie peut d'ailleurs ne pas être littérale. Elle peut devenir synonyme, interprétation, description, définition, comparaison ou analogie. Puis vient l'analyse qualitative et spécifique, l'indication des modalités ou des variantes. Ici encore se rencontre la tendance à contredire, à énoncer des affirmations inverses. Les spécifications peuvent être de degrés, quantité, fréquence, dimensions. Elles peuvent être aussi de lieu, de matière, de temps. Enfin la distinction peut être faite entre ce qui a plutôt valeur d'indices et la réalité.

Dans la catégorie de la pensée transitive prennent place le passage à des circonstances plus ou moins aberrantes ou accidentelles : narration, fabulation, digression. Puis le passage à des circonstances connexes : cause, origine, conséquence, finalité, mécanisme, moyen, obstacle. Enfin le passage peut se faire vers des personnes ou de personne à personne avec des positions réciproques correspondantes : responsabilité, motivation, intention, autorisation, désobéissance, obligation morale.

Entre les réponses d'identification et les réponses transitives la disproportion est considérable. Les premières sont beaucoup moins nombreuses. Leur total ne dépasse pas 489 alors que 809 sont relatives à la seule causalité, 688 aux conséquences, 190 à des faits divergents, etc. Parmi ces 489 réponses ce sont celles en rapport avec l'adhésion subjective qui sont le moins nombreuses : 62 en tout, dont 38 de contradiction, 9 expressions de doute, 8 de critique, 4 confirmations et 3 interprétations. Avec ses camarades, quand ils discutent d'un événement, il semble que l'enfant se pose bien plus souvent la question de sa réalité ou de son exacte véracité et qu'il prenne facilement une attitude de contestation et d'opposition. Sans doute éprouve-t-il ici l'impression du fictif, de l'irréel. Des expériences de ce genre peuvent difficilement susciter des réactions de tous points semblables à celles de la vie courante.

La même observation vaut, sans doute, pour les indications de lieu et de moment, qui sont les critères fondamentaux de ce qui existe ou se produit et sur lesquelles l'enfant veut habituellement des précisions. Ici elles ne dépassent pas le nombre de 73, dont 53 précisions de lieu et 20 de moment. C'est l'identification proprement dite qui suscite le plus de réponses • 384 en tout, dont 8 de pure constatation, 2 descriptions, 3 définitions, 6 équivalents, 11 variantes, 53 synonymes. Il n'y a que 2 affirmations contraires. A un niveau supérieur apparaît un effort pour spécifier la situation, 23 fois ; pour l'analyser, 30 fois ; pour la qualifier, 124 fois ; pour la quantifier, 192 fois (fréquence, 12 fois ; dimensions, 17 ; vitesse, 14 ; degré de la qualité, 79). Il faut ajouter à ces chiffres 20 réponses où l'enfant voit dans le fait énoncé l'indice de quelque chose qui existe ou qui va se produire.

C'est à la pensée transitive que ressortissent la plupart des réponses données par l'enfant. Elle peut être orientée ou non. Dans 380 cas les circonstances énoncées n'ont pas avec la situation de liaison nécessaire : 7 fois le rapport est impossible à découvrir, 17 fois il est fortuit, 47 fois il s'exprime par une simple énumeration de faits ayant de l'un à l'autre quelque liaison, 190 fois l'association est légitime, mais sans rien de spécifique, 119 fois elle est du type narratif.

Est orientée au contraire la pensée qui remonte à la cause : 809 fois ; qui envisage les conséquences : 688 fois ; qui imagine le mécanisme : 143 fois ; l'instrument : 4 fois seulement ; l'obstacle : 5 fois. La finalité est invoquée 37 fois. Dans le domaine de la causalité humaine, les intentions figurent pour 14 1 cas, les motifs pour 124 ; mais l'évocation de personnes jouant le rôle d'agents pour 7 cas seulement, ce qui n'est peut-être pas sans quelque ressemblance avec la rareté des indications instrumentales. Les motivations morales ne sont présentes que dans 38 réponses : obligations diverses, 26 ; autorisation refusée ou obtenue, 5 ; responsabilité, 7. Il se peut qu'avec les filles ces derniers résultats seraient différents.

De ces comparaisons il résulte qu'entre 6 et 9 ans la pensée de l'enfant sait déjà spontanément établir des liaisons systématiques, mais qu'elle reste accessible aux diversions et aux digressions. Elle est plus pratique qu'analytique et se porte plus volontiers vers la cause ou vers l'effet que vers la qualité des choses ou vers les motivations morales ; ce qui n'implique pas d'ailleurs qu'elle soit insensible aux unes ou aux autres ; mais elle ne les fait encore entrer que peu dans le circuit de ses justifications intellectuelles.

Ces chiffres n'ont pourtant qu'une valeur très relative et n'expriment que des tendances très générales. Ils seraient inévitablement modifiés par l'emploi de phrases autres que celles utilisées dans cette expérience. En effet chacune d'entre elles s'inscrit pour des valeurs très différentes sous les différentes rubriques envisagées.

Soit la rubrique causalité, 809 cas ; elle figure pour 92 cas en D6 — pour 61 en Al — pour 57 en B2 — 56 en B4 — 55 en D3 — 54 en C3 — 49 en A2 — 47 en D4 — 42 en A6 — 36 en Bl — 35 en D5 — 32 en B3, en Cl et en C2 — 30 en A5 — 27 en C4 — 21 en A3 — 13 en B6 — 12 en Dl — 8 en A4 et en C5 — 5 en C6 — 4 en D2 — 1 en B5. Elle est partout représentée et elle est au 1er rang des réponses pour 11 phrases, au 2e pour 5, au 4e, au 5e, au 7e, au 8e, au 9e pour les autres phrases. Les différences de phrase à phrase sont donc considérables. Mais cette dispersion démontre aussi que les phrases sont suffisamment diverses pour ouvrir un large éventail aux tendances intellectuelles de l'enfant et, sans doute, pour donner à la plupart d'entre elles l'occasion de se manifester. La prépondérance habituelle des liaisons causales est ainsi confirmée.

La rubrique des conséquences, 688 cas, se retrouve elle aussi à propos de toutes les phrases. Elle figure 8 fois au 1er rang ; 9 fois au 2e, 2 fois au 3e, 1 fois au 4e, 5e, 6e, 7e et 8e rang. Sa fréquence est de 71 en B5 — — 58 en A5 — 54 en Bl — 47 en C2 — 45 en D5 — 40 en C4 — 39 en B4 — 38 en B6 — 36 en D3 — 28 en C3 — 26 en A6 et en Cl — 25 en B3 — 23 en A2 — 20 en Al, en A4, en C6 — 13 en B2 — 12 en A3 — 8 en C5 — 7 en D5 — 6 en D2 — 4 en Dl — 2 en D4.

Causes et conséquences étant les termes d'une même dimension, les unes tournées vers ce qui précède, les autres vers ce qui suit, on peut se demander quels sont leurs rapports mutuels dans les réponses obtenues. Ici encore se constate l'influence exercée par la diversité des phrases inductrices.

Pour certaines cette dimension paraît presque inexistante. Par exemple, en D2, elle se limite à 10 réponses (4 Ca, 6 Co) ; en Dl à 16 (12 Ca, 4 Co) ; en C5, 16 (8 Ca, 8 Co) ; en C6, 25 (5 Ca, 20 Co) ; en A4, 28 (8 Ca, 20 Co). Dans d'autres cas le chiffre total est élevé, mais la quantité des Ca et des Co très inégale. Les trois exemples les plus frappants sont en B5, Ca : 1, Co : 71 ; en D6, Ca : 92, Co : 7 ; en D4, Ca : 47, Co : 2. Cette espèce de compensation mutuelle se retrouve pour la plupart des phrases, mais tantôt le Ca l'emporte : Al : 81 (6l Ca, 20 Co) ; A2 : 72 (49 Ca, 23 Co); A3: 33 (21 Ca, 12 Co); A6 : 68 (42 Ca, 26 Co); B2 : 70 (57 Ca, 13 Co) ; B3 : 57 (32 Ca, 25 Co) ; B4 : 95 (56 Ca, 39 Co) ; Cl : 58 (32 Ca, 26 Co) ; C3 : 82 (54 Ca, 28 Co) ; D3 : 91 (55 Ca, 36 Co) ; et tantôt ce sont les Co qui l'emportent sur les Ca : A5 : 88 (30 Ca, 58 Co) ; Bl : 90 (36 Ca, 54 Co) ; B6 : 51 (13 Ca, 38 Co) ; C2 : 79 (32 Ca, 47 Co) ; C4 : 67 (27 Ca, 40 Co) ; D5 : 79 (35 Ca, 44 Co).

Loin derrière le couple Ca-Co, qui totalise 1 497 réponses, viennent des rubriques qui n'en comportent qu'un nombre beaucoup plus restreint. Il est évident que moins le nombre des réponses est élevé, et moins il y a de chances qu'elles se répartissent sur la totalité des phrases inductrices ou qu'elles y occupent un rang élevé. Entre ces trois facteurs qui se conditionnent mutuellement, il n'y a pourtant pas une proportion constante. Une répartition égale entre toutes les phrases et, par suite, un rang moins élevé dans chacune indiquent que la rubrique est plus en rapport avec la direction mentale correspondante que spécifique de la phrase. Dans le cas inverse, la réponse est davantage commandée par le sens particulier de la phrase. Cette différence doit s'expliquer par la nature des phrases, mais elle pourrait à l'échelle individuelle indiquer une tendance plus marquée à envisager les choses sous un aspect soit plus général soit plus discriminatif.

Les trois rubriques qui, après le couple Ca-Co, se partagent le premier rang donnent de cette différence un exemple assez net. La rubrique intitulée « associations divergentes » l'occupe 2 fois avec 190 réponses qui se répartissent sur les 24 phrases sans exception. Celle des « intentions » l'occupe 3 fois avec 141 réponses réparties sur 18 phrases seulement. Celle de la « narration » l'occupe 1 fois avec 119 réponses réparties sur 21 questions.

Il est manifeste qu'entre la première et la troisième de ces rubriques, il y a similitude, la différence 119 à 190 expliquant celle de 21 à 24 (nombre des phrases sur lesquelles elles se répartissent) et de 1 à 2 (nombre de fois qu'elles occupent le premier rang). Au contraire la rubrique « intentions » se distingue des deux autres, à la fois, par le nombre plus restreint des phrases entre lesquelles elle se distribue et parce qu'elle seule, elle arrive autant de fois au premier rang que les deux autres réunies. Elle est donc plus spécifique, c'est-à-dire qu'à cet âge-là du moins, les enfants ne ramènent pas indistinctement à des intentions diffuses autour d'eux les effets qu'ils peuvent constater ou imaginer : s'il est vrai qu'ils soient animistes, ce serait à un âge antérieur. Au contraire les liaisons plus ou moins lâches du récit ou des degressions sont un stade qu'ils n'ont pas complètement franchi et elles peuvent s'observer à propos de questions assez diverses.

En appliquant le même critère aux autres rubriques, on constate que celle des « motifs » distribue ses 124 réponses entre 13 phrases seulement et se rapproche ainsi de la rubrique « intentions », avec laquelle d'ailleurs elle a manifestement des affinités psychologiques : intentions et motifs sont, en effet, deux aspects de la même causalité subjective, les unes regardant vers le but, les autres le justifiant. Au contraire la rubrique « mécanisme » étend ses 143 réponses sur 22 phrases différentes. Elle est donc d'usage moins spécifique. C'est le cas aussi des rubriques « qualité » et « degré ».

Les réponses sont relativement peu nombreuses : 124 et 79, c'est-à-dire qu'à cet âge-là, l'enfant est encore beaucoup moins porté à considérer la nature de l'objet que son efficience. Mais elles sont réparties sur un grand nombre de phrases : qualité 194/21, degré 79/20, c'est-à-dire que l'analyse n'est pas suscitée plutôt par un objet que par un autre, mais qu'elle répond à une tendance propre de l'esprit.

Cependant l'emploi de ces critères devient impossible quand le nombre des réponses par rubrique est trop faible, car il devient impossible de trancher entre le rôle du hasard et celui d'une situation spécifique ou singulière. On pourrait noter pourtant la grande dispersion de la rubrique « lieu ». Elle ne comporte que 53 réponses, mais qui se répartissent entre 19 phrases différentes. Il n'existe pas grand-chose, en effet, qui ne puisse être localisé, si la question vient à se poser. Mais il est remarquable que l'enfant la pose rarement dans l'expérience présente, et c'est sans doute, comme on l'a dit plus haut, parce qu'une indication de lieu est une affirmation d'existence et l'enfant de 6 ans ne confond plus les situations verbales qui lui sont proposées avec des situations réelles.

La diversité dans la répartition des rubriques suivant les phrases indique que l'activité intellectuelle de l'enfant et son orientation vers telle ou telle catégorie de questions sont fortement influencées par le contenu de chaque phrase et par les représentations qu'elles suscitent. L'intérêt de ces représentations est aussi de montrer le matériel dont il dispose pour préciser, pour identifier, pour réaliser et pour imaginer les faits qui s'offrent ou qui sont offerts à son esprit. Ici encore il peut y avoir éparpillement des représentations ou forte condensation sur le même objet.

Dans Al : Les rues sont couvertes de neige, c'est la neige qui retient surtout l'attention (31 fois). A elle se substitue ou s'ajoute le froid (23 fois), puis l'hiver (4 fois), soit un total de 58 pour les intempéries. — Puis viennent les effets de la neige sur la circulation (7 fois), sur les jeux (7 fois), sur l'équilibre des promeneuses (6 fois), soit un total de 20. — A ces associations les plus fréquentes s'en ajoutent d'autres : blanc-noir (9 fois) ; glaceeau- pluie (5 fois) ; disparition de la neige (2 fois) ; localisation de la neige, dans l'air, dans le ciel (2 fois), sur les toits, sur la route, sur le trottoir (4 fois) ; considérations sur les portes, les fenêtres (3 fois) ; nécessité des manteaux (2 fois) ; loups (1 fois), cigale et fourmi (1 fois) ; Noël (2 fois). A2 : Le chien et le chat se battent. — Ici les raisons morales l'emportent : méchanceté (18), animosité (9), caractère enragé (7), colère (7), mécontentement (4), compétition (4), provocation (3), dispute (2), soit 54 ; — puis viennent les moyens de combat : ils se griffent (10), se mordent (6), soit 16 ; — puis les effets de la lutte : ils se font mal (9), se blessent (1), se tuent (1), se font tomber (1), soit 12 ; — c'est pour un os (4), pour sa soupe (1) ; — on les sépare (2), la lutte est interrompue (1). A3 : // est parti se promener dans le bois : pour chasser, pour récolter des marrons, des fleurs, des noisettes (12), pour s'amuser (8), pour se promener (5), prendre l'air (2), soit 27 motifs ; — il fait beau (9), chaud (7), froid (2), soit 18 pour le temps, la température; — il en a reçu l'ordre, la permission, la défense (11) ; — il rencontre un loup (11), il se perd (3), il a peur (2), il monte sur un arbre (3), soit 18 pour des incidents le plus souvent fâcheux.

A4 : La poule a pondu un oeuf : les enfants parlent de le manger (19), de le chercher (12), de le faire couver (3) ; — ils parlent de la fermière (15), des poussins (11), du coq (3), du petit oiseau (1), du renard (1), du nid (3), du poulailler (2), du panier (1) ; — l'oeuf est cassé (6), bon (3), gros (3), blanc ou jaune (3), beau (1), ovale (1) ; — la poule est bonne (3), elle aime sa maîtresse (1) ; on fera de la crème (1).

A5 : // a renversé l'encre sur son cahier, il a été grondé (29), battu (15), soit 44 punitions ; — il ne fait pas attention (12), il l'a fait exprès (6), il est mauvais élève (3), maladroit (2), sale (2), brutal (1), pas prudent (1), il était en colère (2), soit 29 imputations de responsabilité ; — il a joué avec l'encrier (5), il l'a heurté du coude (4), de la main (2), il a été poussé (1), il a bousculé la table (1), il a tiré le tapis (1), il n'était pas bien assis (1), il a fait tomber le porte-plume (1), soit 16 explications sur la façon de renverser l'encre; — il a fait une tache (11), il a voulu l'effacer (1) ; — il a pleuré (1), il voulait écrire (1), il a désobéi (1), il écrivait mal (1).

A6 : La Seine a inondé les caves, — La Seine a monté (10), débordé (5), elle était trop lente (9), trop pleine (1), trop lourde (1), soit 26 explications relatives à la Seine ; — c'est à cause de la pluie (17), de l'eau tombée (5), soit 22 explications par la pluie ; — à cause de l'hiver (2), de la mer (2), des vagues (1), du vent (1), soit 6 par les éléments et les saisons ; — les caves sont noyées (6), démolies, percées (6), remplies (4), on ne peut plus y aller (2) ; — les objets sont dans l'eau (3), le vin (1), le charbon (1), les carafes (1), l'auto (2) ; — les gens ont peur (2), déménagent (2) ; — on vide les caves (3), l'eau baisse (1), les pompiers viennent (1) ; — certains enfants parlent aussi de bateaux (4), association divergente.

Bl : Le vent secoue les arbres. — II est fort (28), il fait froid (22), c'est l'hiver (3), la tempête (2), le mauvais temps (1), la pluie (1), la neige (1), soit au total 58 pour les intempéries ; — il fait tomber (45), casse (6), fait s'envoler (5), soit 56 pour l'action du vent; — les feuilles (25), les arbres (22), les branches (4), les fleurs (2), soit 53 pour ce qui subit l'action du vent. 58, 56, 53, trois chiffres sensiblement égaux qui témoignent d'associations étroitement complémentaires et cohérentes. Les associations aberrantes se bornent à capuchon (3), oiseau qui vole (2), loup (1), peupliers (1), marrons ramassés (1). La scène évoquée a une prégnance telle que la dispersion des réponses est réduite au minimum.

B2 : Les moutons se sauvent devant le chien. — Ici l'intérêt se partage entre les moutons et le chien. Les moutons (42) ont peur (37), se sauvent (4) et même sautent sur le chien (1) : il semble en effet qu'à toute affirmation, l'affirmation contraire soit sous-jacente (1) et qu'elle puisse l'emporter sous l'influence soit de la distraction soit de l'opposition ; — le chien (38) mord (16), attrape (10), court (8), garde (2) ; — mais d'autres personnages interviennent : le loup (7), le berger (3) ; — il est aussi question du bois (2), de la bergerie (1) ; — le chien est un chien de chasse (1), les moutons deviennent Biquette (1) ; — il s'agit aussi de méchanceté (2), de désobéissance (1), de colère (1), et enfin de manger (3) et de boire (1). En même temps que l'intérêt se disperse sur un plus grand nombre de personnages ou de circonstances, les liaisons deviennent plus floues.

B3 : Les enfants vont se baigner, ils sont sales (14), se nettoient (11), sont propres (3), soit 28 cas de lavage ; — il fait chaud (10), froid (7), bon (2), beau (1), le soleil brûle (2), soit 22 pour la température ; — ils se noient (14), nagent (7), tombent (1), se font mal (1), se battent (1), soit 24 pour l'activité des baigneurs ; — dans l'eau (4), dans la Loire (2), dans la mer (1), dans la rivière (1), l'eau est creuse (1), trop haute (1), soit 10 pour l'eau du bain ; — ils ont du plaisir (3), sont contents (3), se rafraîchissent (1), se portent bien (1) ; — le bain est permis (2), défendu (1) ; — ils se déshabillent (1), sont nus (1) ; — il est enfin question de caleçon (1), de savon (1), de bateau (1). La dispersion est grande ; l'intérêt s'éparpille sur des circonstances plus diverses.

B4 : // s'est cassé la jambe en courant, il allait vite (33) ; — il est tombé (11), a glissé (5), a buté (4), a eu un crochepied (1), s'est fait écraser par une auto (2), soit 23 précisions sur l'accident; — il s'est fait mal (11), a saigné (4), ne peut plus marcher (4), s'est blessé (1), est mort (1), guérira (1), ira mieux (1), soit 23 pour les suites de l'accident ; — il a heurté un caillou (3), un chien (1), un bâton (1), un ballon (1), soit 6 causes instrumentales ; — il n'a pas fait attention (5) ; — il a été grondé, dispute (5) ; — c'est sa faute (1), il n'avait pas la permission (1) ; — il s'est battu (1), a été poussé par un camarade (1) ; — sa jambe est pliée (1), sa patte tombe (1) ; — il est en colère (1) ; — dans quelle rue ? (1). L'attention s'éparpille sur des circonstances physiques et morales très variées.

B5 : Le pêcheur jette son filet dans l'eau. — Deux termes complémentaires s'imposent à l'esprit de presque tous les enfants : le poisson (96) ; — l'art de l'attraper (75), de le pêcher (13), de le ramener (7), soit 95 ; — 5 fois seulement il est question du filet qui est noyé (3), perdu (1), percé (1), le mot jeter ayant sans doute induit des enfants à penser que le pêcheur s'en débarrassait ; — un dernier enfant déclare que le pêcheur a jeté un gardon dans l'eau. La dispersion est aussi réduite que possible, sa cause unique est le contre-sens auquel donne lieu le mot « jeter » .

B6 : Les nuages cachent le soleil : la pluie (12), l'eau va tomber (5), le vent (5), le mauvais temps (5), l'orage (3), soit 30 pour les intempéries ; — on ne voit plus le soleil (7), il fait noir (7), il ne fait plus clair (6), il fait de l'ombre (1), soit 21 pour l'obscurcissement qui en résulte ; — c'est la nuit (12), le soleil baisse (3), il est tard (1), soit 16 enfants qui expliquent la nuit par un écran de nuages (1) ; — par où les nuages passent-ils ? (4), ils marchent (2), ils remontent (1), ils se retirent (1), ils vont trop fort (1), trop vite (1), ils sont gros (1), noirs (2), de quelle couleur ? (1), soit 14 pour les nuages ; — le soleil brille (2), brûle les nuages (2), va sortir (1), revient après (1), soit 6 pour le triomphe du soleil. — Puis viennent quelques associations divergentes : la lune cache le soleil, les nuages cachent les étoiles, le soleil fait fondre la neige, on voit des oiseaux, de la fumée (identification des nuages et de la fumée) (1).

Cl : La mer a de grosses vagues. — L'attention se porte surtout sur les bateaux (22), les gros poissons (2), soit 24 ; — puis sur les intempéries : vent (10), tempête (7), pluie (2), mauvais temps (1), soit 20 ; — ensuite sur la mer : elle déborde (4), elle inonde (3), elle est remuée (3), elle avance loin (1), c'est la grande marée (1), elle est profonde (1), soit 13 ; — elle est méchante (5), en colère (4), mauvaise (2), soit 11 ; — il est question de se noyer (4), de se baigner (3), de nager (2), soit 9 ; — elles vont vite U), elles sont grandes (1), lentes (1) ; — ça souffle (3), ça siffle (1), ça pousse (2), ça fait sauter (1), ça fait chaud (1) ; — c'est fort (1), dangereux (1) ; — la mer est bleue (1) ; — le père (par opposition à la mère) (1) ; — il n'y a pas de vagues (1).

C2 : II a eu le doigt pincé dans la porte. — Le mécanisme de l'accident a la première place : la porte s'est fermée (21), trop vite (4), elle a été poussée (3), il y a mis son doigt (13) entre deux portes (3), soit 44 ; — il s'est fait mal (22), il a saigné (5), son doigt est cassé (3), coupé (4), il a un bouton (1), soit 35 ; — il n'a pas fait attention (12) ; — intervention de la mère (10) ; — il a été grondé (3), battu (1) ;• — on lui remettra le doigt (2), on lui a mis un bandeau (2), il a été à l'hôpital (1) ; — il jouait (2), il a voulu ouvrir (2), il était prêt (1) ; — c'est la tempête (4), — puis quelques associations aberrantes : il s'est cogné ; moi aussi ; où ? C3 : II y a de la glace dans les ruisseaux. — Le froid (19), l'hiver (10), le vent (1), soit 30 ; — c'est gelé (11), glacé (3), ça glisse (14) ; — la neige tombe (16), l'eau (7) ; — elle fond (4), on la fait s'en aller (2), elle coule (1), colle (1), tombe du ciel (1), comment vient la glace (1), soit 10 ; — des gosses (5), des gens (3) ; — il se casse le bras (3), il patine (1), 11 jette une pierre (1) ; — il ne faut pas sortir (1) ; — c'est la nuit (1), le café du matin (1).

C4 : Sa mère lui a défendu de sortir : il sortira (35), il désobéit (9), soit 44 ; — le froid (13), la pluie (7), la neige (3), ça glisse (2), le vent (1), soit 26 ; — il est méchant (7), a fait quelque chose de mal (1), est puni (5), battu (3), fessé (3), soit 19 ; — est malade (5), enrhumé (2) ; — il pleure (4), est en colère (1) ; — voulait jouer (4) ; — s'est fait écraser (3), par une auto (1) ; — a la permission (1), peut y aller (1) = affirmation contraire ; — son père (2) = couple mère-père.

C5 : L'eau des fleuves s'en va à la mer : l'eau coule (7), va vite (7), doucement (1), tout droit (1), pousse (3), marche (1), s'en va (1), = 21; le vent (7), le courant (4), = 11; remplit la mer (1); la mer est inondée (2), déborde (2), est haute (1), beaucoup d'eau (2), trop d'eau (2) = 10; — les bateaux (6), les rames (1), le poisson (1) ; — les ruisseaux (2), le lit (1), la source (1), les vagues (1), le Grand Morin (1) ; — l'eau est verte (1), froide (1), sale (2) ; — on nage (3), se noie (2), joue au sable (1) ; la mer est loin (2) ; — l'eau revient (1), ne va pas à la mer (1) = affirmation contraire.

C6 : II a cueilli un gros bouquet de fleurs : pour sa mère (49) ; — elles sont belles (10) , jolies (1), rondes (1); rouges (1), cassées (1) , = 14 ; il est content (12), ça lui plaît (1) = 13; on lui a dit (2), il a la permission (3), il est grondé (3), attrapé (3) = 11 ; — c'est pour sa fête (4), pour sa fiancée (2) ; — pour sentir bon (2), pour fleurir (2), pour mettre dans un vase (4), dans l'eau (2), sur la table (1) ; — il y en a beaucoup (3), trop (1) ; — c'est dans un jardin (3), dans un champ de fleurs (1) ; — où les trouver ? pour qui ? ; — il est méchant (1), gentil (1) ; — il les renverse (1) ; — il fait froid (1) ; — un marchand (1).

Dl : La nuit il y a des étoiles. — Ici la dispersion est grande : il fait noir (20), il fait clair (12), il fait jour (3) = 35 ; — elles sont belles (2), blanches (2), grosses (2), grandes (1), petites (1), la nuit est bleue (1), brune (1) = 10 ; — il y en a toujours (1), trop (3), beaucoup (5) = 9 ; — il fait froid (2), il pleut (3), il y a des nuages (1), du vent (1), du tonnerre (1) = 8 ; — on va se coucher (5), on dort (1) = 6 ; — le soleil est parti (3), la terre tourne (2), le bon Dieu les fait venir (1) ; — le ciel brille (6) ; — elles font voir (5) ; — la lune (5), les étoiles filantes (1), des lumières (2), des becs de gaz (1) ; — elles sont allumées (2) ; — où sontelles ? (1), en Amérique (1), dans l'air (1) ; — un aéro (1) ; — elles s'en vont (1) = affirmation contraire.

D2 : Les ouvriers construisent la maison. — La maison est finie (6), habitée (4), bien construite (5), neuve (1), belle (8), haute (4), grande (3), petite (1), grise (1), jolie (1) = M ; elle était tombée (8), abîmée (3), écroulée (1) = 12 ; — elle est faite pour des gens (10), pour quelqu'un (3), pour des dames (3) = 16 ; — c'est pour les abriter (4), y loger (3), y habiter (2), y demeurer (1), y coucher (1), on a besoin de place (1) = 12 ; — il y a une toiture (2), des planchers (2), des portes (2), des vitres (1), des escaliers (1), des cuisines (1), des salles à manger (1), des paratonnerres (1) = 11 ; — on s'est servi de ciment (3), de briques (2), de pierre (1), d'une grue (1) = 7; — onya mis des lampes (1), des lumières (1), des meubles (1), des chaises (1), des casseroles (1) = 5 ; — les ouvriers ont travaillé (5), sont fatigués (1), ont peur (1), d'autres ouvriers sont venus (1) = 8 ; — il fait froid (2), beau (1), chaud (1) = 4 ; — location (1), vente (1), achat (1) ; — combien de temps pour la construire ? (1), demain (2) ; — un château (1), la Samaritaine (1).

D3 : L'auto est tombée dans la Seine. — Elle allait trop vite (26), on l'a mal conduite C24), il ne regardait pas (3), n'a pas fait attention (2), l'a fait exprès (1), est un maladroit (1) = 57 ; — c'est un coup de vent (1), le pont était démoli (1), il y avait un trou (1), une pente (1), elle a buté (2), glissé (2), passé par-dessus le bord (3), déraillé (1), elle était lourde (1), n'avait plus de guidon (1), pas de phares (1) = 15 ; — elle est noyée (14), cassée (8), en bouillie (1), en mille morceaux (1), fondue (1), écrasée (1), renversée (1), de travers (1), enfoncée (1), coulée (1), au fond (2), elle ne s'est pas fait mal (1) = 33 ; — on la rattrape (3), la relève (2), la retire (1), la ramène (1), la ramasse (1), la cherche (2), la sauve (1), la secourt (1) = 13 ; — des gens dedans (5), des petits garçons (2), beaucoup de morts (2), des blessés (1), on les a retirés (1), ils sont tombés de l'auto (1), ils ont eu le temps de sortir (1), ils ont nagé (1) = 14 ; — la Seine (4), elle est haute (1), profonde (1) ; — des bateaux (2) ; — où ? (1), on ne l'a pas vu (1), ce n'est pas vrai (1), c'est vrai (1), c'est grave (1), c'est un malheur (1).

D4 : // n'y a de papillons que dans la belle saison : il fait chaud (11), froid (3), l'été (5), l'hiver (3), le printemps (1), l'automne (1), le soleil (3), la belle saison (2) = 29 ; — ils s'envolent, s'en vont (25), où ? (1), dans le pré (1), dans la maison (1) = 28 ; — ils sont blancs (5), jaunes (4), rouges (1), colorés (1), beaux (2), brillants (1), ont de beaux dessins (1) = 15 ; — ils ne sont pas haut (5), se posent (2), dans l'eau (1), sur les carreaux (1), ils volent bien (1) ; — ils mangent (1), vivent (1), comment sont-ils tués ? (2) ; — peut-il en venir d'autres ? (1), des petits papillons à leur place (1) ; — on les attrape (3) ; — des papillons de nuit (1), des fourmis (1), des guêpes (1), des marguerites (1).

D5 : Sa balle a cassé la lampe : II l'a lancée très fort (9), trop haut (5), mal (8), trop vite (2), de travers (1) = 25 ; — il jouait (10), dans la maison (3) ; — il n'a pas fait attention (8), il l'a fait exprès (8), ne l'a pas vue (1), est maladroit (2), méchant (1) = 20; — il a été grondé (8), attrapé (6), battu (2), puni (2), mis en prison (1), on l'a disputé (3), on s'est fâché (1), on a crié fort (1) = 24 ; — sa mère (17), son père (1), un petit garçon (1) ; — la lampe était en verre (2), pas solide (1), elle est tombée par terre (2), elle a éclaté (2), pété (2), en morceaux (1), elle est tout à fait cassée (1), cassée deux fois (1), crevée (1) = 13 ; — elle est chère (1), il faut la payer (3), la remplacer (2), en acheter une (1) = 7 ; — comment? (4), le plomb a sauté (1), la balle a rebondi (1), avec le coude (1) ; — plus de lumière (2), plus de lampes (1), on ne peut plus y toucher (1) ; — la maison brûle (2), est allumée (1), une étincelle (1) ; — le verre de lampe (1), le bec de gaz (1), la vitre (1) ; — c'est pas joli (1), c'est un polisson (1) ; — il jette une pierre (1) ; — un ballon s'envole (1) ; — toute la lampe ? — la lampe n'est pas cassée (1) = affirmat'on contraire. D6 : Dans les bois, il n'y a plus de fleurs. — c'est l'hiver (23), le froid (16), le vent (9), la saison (4), l'automne (2), le printemps (1), octobre (1), l'eau tombe (1), il fait chaud (1) = 58 ; — elles sont tombées (9), mortes (5), fanées (3), pas poussées (5), crevées (1), vieilles (1), pourries (1), = 25 ; — cueillies (11), coupées (4), cassées (2), enlevées (2), emmenées (2), ramassées (1), on les a prises (1) = 23 ; — il en reste (5), elles poussent toutes seules (3), elles s'ouvrent (1), faut bien qu'elles vivent (1), on va en chercher (1) = 11 ; — le loup (4), des rats (1), des lapins (1), des lièvres (1), des tigres (1) = 8 ; — le jardinier (2), les petits garçons (2), la dame (1), la maman (1) = 6; — il n'y a plus que de l'herbe (2), des feuilles sèches (1), de la paille (1), des champignons (1), des arbres (1), un gros chêne (1) = 7; — elles sont jolies (1), grosses (1), colorées (1), ce sont des marguerites (4) = 7 ; racines (1), tige (1), plante (1).

L'analyse, pour chaque phrase inductrice, des réponses données par l'ensemble des enfants indique les motifs susceptibles de fixer leur esprit, d'y susciter des images en rapport avec la situation évoquée. Tantôt ces motifs sont les mêmes pour presque tous les enfants et, par suite, leur coefficient est très élevé ; tantôt il sont au nombre de 2, 3 ou 4 à se partager leur intérêt, de façon soit égale soit inégale. D'autres fois l'intérêt s'éparpille sur des circonstances plus ou moins hétéroclites. Ces différences d'une phrase à l'autre montrent bien l'influence prépondérante de l'objet sur l'activité mentale de l'enfant.

Cependant, pour toutes les phrases, il existe une frange de réponses disparates, purement individuelles, souvent absurdes, fortuites, inintelligibles, dont le mécanisme semble subjectif : soit qu'une affirmation se voie remplacée par une affirmation contraire, comme jour par nuit, être mort par exister, disparaître par se reproduire. Il peut y avoir là tous les intermédiaires entre le pur automatisme de contrâtes, l'opposition d'une expérience particulière et personnelle à une affirmation générale et hypothétique, l'opposition de l'enfant à son interlocuteur ; soit qu'un mot ou une image soient amenés par le mot ou l'image avec lesquels ils forment un couple habituel : lune-soleil ; soit que le mot ou l'image évoqués par la phrase précédente reparaissent à propos de la phrase suivante. Les cas de persévération sont loin d'être rares : par exemple de la phrase A2 Le chien et le chat se battent à la phrase A3 II est parti se promener dans les bois les mots « chat, se battre, manger le rat, colère». De la phrase A3 à la phrase A4 La poule a pondu un oeuf, la remarque « il fait chaud ». De la phrase A3 à la phrase A5 // a renversé l'encre sur son cahier cette question : « Est-ce que sa mère lui a permis ? » etc. La persévération est fréquente chez le jeune enfant.

Elle coexiste avec ce qui semblerait son contraire, c'est-à-dire avec ce qui semblerait la discontinuité et l'instabilité de la pensée. Mais elles peuvent avoir une condition commune, qui est la faiblesse, chez l'enfant, des systèmes évocateurs à l'aide desquels nos réflexions peuvent soit changer d'objet par substitution d'un système à l'autre, soit résister aux diversions et aux digressions venues d'ailleurs ou issues du discours lui-même, par appel réitéré au même système de références.

La marge des réponses aberrantes gagne tellement sur les autres audessous de 6 ans ou de 5 ans et demi que l'expérience cesse d'être possible : l'enfant semble répondre au hasard ou sous l'influence d'une impression étrangère à la phrase énoncée. Pour une raison inverse dès 10 ans cette méthode de recherche perd tout intérêt, car les réponses semblent souvent répondre à des consignes uniformes. Par exemple avec des enfants de 10 à 12 ans et demi appartenant à la même classe, presque toutes les réponses avaient pour mode commun le temps : passé, futur, demain, hier, etc. C'était visiblement l'écho d'exercices faits en classe. A cet âge-là se manifeste souvent dans l'activité intellectuelle de l'enfant un formalisme et parfois comme une sorte de pédantisme, dont la signification positive est l'aptitude naissante à disposer, même arbitrairement, des catégories intellectuelles.

Entre 6 et 9 ans cette aptitude est dominée par le contenu concret des images ou des situations évoquées. Il peut même y avoir certains conflits entre les deux, le syncrétisme des représentations enfantines pouvant imposer des associations tout à fait épisodiques au lieu d'associations systématiques. Le genre de relations qui l'emportent de loin sur les autres sont celles de causalité, la causalité proprement dite l'emportant elle-même de loin sur les conséquences. Moins fréquentes sont les motivations. Loin derrière vient la question «comment», au double sens des moyens des techniques ou des instruments, et des qualités discernables dans les choses. La notion de substance fait presque tout à fait défaut, ce qui ne semble par surprenant à un âge où l'enfant peut dire alternativement que les tables sont faites avec des arbres ou les arbres avec des tables (1) : simple passage empirique entre deux sortes d'objets dont les relations restent confuses parce que n'est pas encore nettement dégagé ni défini le terme qui leur est commun.

La période de 6-9 ans paraît être une période assez homogène dans le développement intellectuel de l'enfant. A 10 ans il semble que s'annonce une nouvelle étape : celle où commencera définitivement à s'instaurer la fonction catégorielle de l'esprit.

  • (1) Voir Les origines de la pensée chez l'enfant
  • Source: Revue numérique Persée
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