A propos des ultra-virus

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A propos des ultravirus
written by Jacques Solomon
1939
  • A PROPOS DES ULTRAVIRUS

Un très intéressant article du Professeur Levaditi 2 traite d'un des sujets les plus captivants de la science : les formes les plus élémentaires de la vie. Il s'agit des ultravirus, c'est-à-dire d'êtres vivants (comme on le reconnaît à leur possibilité de se multiplier, par exemple), dont la taille est comprise entre un cent millième de millimètre et un quart de millième de millimètre. Or un atome d'hydrogène n'est guère que cent fois plus petit que le plus petit des ultravirus. Ceux-ci sont donc constitués d'un nombre relativement faible d'atomes, d'où l'intérêt de leur étude.

  • 1. La Pensée, n° 1, avril-mai-juin 1939, pp. 101-102; signé J.S.
  • 2. Presse Médicale du 21 décembre 1938 : Nouvelles données sur la nature des ultravirus

Cette étude a eu lieu plus particulièrement sur l'ultravirus qui cause une maladie particulière, « la mosaïque du tabac », caractérisée par des lésions des feuilles du tabac. Grâce aux méthodes récentes de la physico-chimie, on a pu étudier en détail cet ultravirus. La découverte particulièrement étonnante qui a pu être ainsi réalisée dans les deux dernières années, c'est le fait que ces ultravirus sont cristallisés. On avait l'habitude d'opposer dans une large mesure les êtres vivants, avec leur structure en somme désordonnée, aux cristaux avec leurs formes géométriques parfaitement définies, constitués par des empilements réguliers de molécules. Or voici qu'il est démontré que ces êtres vivants que sont les ultravirus, peuvent être préparés sous forme de cristaux parfaitement définis, sans perdre rien de leurs propriétés vitales. « Serait-il donc possible, s'exclame le Professeur Levaditi, que la virulence, la mutation, la multiplication, la spécificité, le pouvoir antigénique, autant de propriétés biologiques, de manifestations dites « .vitales », soient sous la dépendance d'un simple cristal nucléoprotéinique?

J'avoue, pour ma part, que dans toute ma carrière de microbiologiste, il ne m'a jamais été donné de me heurter à un tel renversement de nos conceptions classiques. »

Sans doute remarque-t-on que jusqu'ici, il n'a pas été possible de « cultiver » ces ultravirus dans des milieux préparés artificiellement. Il est indispensable que soient présentes des cellules vivantes que l'ultravirus « parasite » en quelque sorte, qui lui fabriquent les substances, les principes assimilables nécessaires pour son développement et sa multiplication. Il n'en reste pas moins certain que les découvertes des chercheurs ont montré le caractère relatif de cette opposition traditionnelle entre le monde animé et le monde inorganique, caractérisé par le cristal. Par là, un pas important a été fait vers une conception unitaire du monde. Par là aussi, un coup essentiel est porté aux doctrines animistes qui cherchent en toute occasion à revenir sur les progrès considérables réalisés dans notre connaissance des manifestations physico-chimiques de la vie depuis la mémorable synthèse de l'urée par Wöhler en 1828, et insistent sur tout ce qui sépare la vie des phénomènes physico-chimiques proprement dits.

La restriction que nous avons signalée plus haut, et qui porte sur la nature vivante du milieu nourricier, finira d'ailleurs par être sans doute levée. On peut dire assurément que la découverte des « cristaux vivants » est une des plus remarquables que les sciences de la nature aient eu à enregistrer depuis nombre d'années. Il paraît difficile d'en prévoir toutes les conséquences, — aussi bien sur le terrain philosophique que dans le domaine médical, — car s'il n'a été question ici que des ultravirus des maladies végétales, nombre de maladies humaines 1 sont dues à des ultravirus.

  • Source: Revue la Pensée, édition numérique sur Gallica