Art indien

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L'ART INDIEN



Jodhpur, the Blue City, Rajasthan.jpg



Pour comprendre l'art de la Tradition sacrée brahmanique.

Ce livre est humblement dédié à Taslima Nasreen, et au poète-marchand Shattam (auteur du chef-d'œuvre de la littérature tamoule ancienne : Manimékhalaï).
Bardes dévots (Bhakta) ; (Hyderabad, Andhra Pradesh, Inde)





« C'est cette croyance en un ordre cosmique, dont le rôle de l'art était de capturer, de rendre visibles les principes, qui a servi de base à l'établissement de la théorie de tous les arts dans l'Inde ancienne. »
— Alain Daniélou (Approche de l'hindouisme).





L'art indien est issu d'une des plus anciennes cultures au monde, à la longévité extraordinaire, qui « ne semble avoir de parallèle chez aucun des peuples existant aujourd'hui, y compris les Chinois. [Ne l'oublions pas,] la langue sanskrite, que les enfants des brâhmanes apprennent encore aujourd'hui souvent avant tout autre langue, est exactement la même qu'étudiait le grammairien Pânini vers 500 av. J.-C. L'Inde présente donc un terrain unique pour étudier le développement de la civilisation et particulièrement l'évolution de l'art » (Alain Daniélou, musicien et indianiste, dans Approche de l'Hindouisme).

Ce faisant, la culture indoue offre une grande vision à tous les amoureux d'esthétiques. Or, comment ne pas faire remarquer que l'Inde, malgré son « un milliard d'habitants », reste une inconnue, et ce, en Occident même, qui se prétend pourtant « phare du monde » : mais la « lumière scientifique » occidentale sert plutôt à nous aveugler qu'à nous éclairer – ou à nous guider vers une plus juste vision de tout ce qui nous entoure ; si tel était le cas, tout individu né en Occident aurait la possibilité de constater que la culture dans laquelle il est né, et les certitudes – dans tous les domaines – de cette même civilisation, sont parfaitement, et en tout point, relativisables. Ce n'est pas un mince mérite de la part de l'Inde : elle démontre que la civilisation occidentale est intrinsèquement « ethnocentré » ; même encore aujourd'hui : ce n'est pas en concevant des « musées des arts premiers » que la donne changera ; voler des éléments culturels « primitifs », pour la faire valoir à son profit, alors que les descendants de ces mêmes cultures violées, par la colonisation européenne « judéo-chrétienne » et l'islamisation, sont stigmatisés par des démocraties qui, hier, au dix-neuvième siècle, en tant que démocratie parlementaire, étaient chefs de file de l'« esclavage-élevage humain » (Etats-Unis d'Amérique), du « racisme scientifique » et de la colonisation – ce « pré-nazisme-à-l'exportation » – (Grande-Bretagne, France (dont le tenant est le « bon » Jules Ferry, moins connu pour ses discours pro-colonialistes d'un racisme abject), – voilà un constat odieux.


Même quand l'Occident prétend respecter une autre culture, il s'agit pour elle de la « muséïfier » : non de la faire vivre pour les principaux concernés, – toujours accompagnés par des missions chrétiennes ou « humanitaires » des plus « charitables ». Mais il est vrai que pour faire vivre par complicité une autre culture en existant avec elle, l'Occident a besoin de donner une part d'elle-même, – ce qui signifierait pour elle la mort, car cela fait déjà quelques siècles que cette civilisation agonise – « insulte » – tout ce qui peut nourrir son appétit historique. Et, passivement ou activement, les Occidentaux participent à cela – la minorité la rejetant activement (forcément), cette minorité ne pouvant pas être, bien entendu, considérée comme des « Occidentaux ».

Pour en revenir à l'Inde, qui après l'occupation islamique doit affronter le capitalisme occidental mondialisé, le bon sens serait pour la culture indoue d'« euthanasier » en sacrifice pour les dieux une civilisation occidentale si pathogène. La civilisation indoue n'a que son art et son artisanat pour se protéger des attaques « économiques » dans un règne mondial de l'Économie (sanctifiée seulement pour elle-même), après celui, en Europe, des Églises et des États. Car l'art, comme fer de lance de toute culture, est révélateur des rapports politiques du monde. Et de ses victimes ; et de ses acteurs.

Mais là n'est pas notre sujet. Car, heureusement, l'Art est aussi un au-delà. Qui échappe. En conséquence, notre sujet sera d'étudier cet art indou, Multiple et Unique comme le panthéon indien, Art considéré dans son pays de naissance, aujourd'hui, et il y a des millénaires, comme un instrument de connaissance, au même titre que les mathématiques, la métaphysique, ou la philosophie. Cet ouvrage va donc tenter, par le biais d'analyses et de développements rigoureux, concernant des œuvres incontournables jusqu'à l'artisanat le plus familier, de nous rendre plus apte à saisir dans toutes ses spécificités, toutes ses vérités, toute sa richesse, l'art indou, en sachant qu'il ne peut être compris correctement seulement si l'on sait s'immerger dans l'athmosphère du « pays des dieux » – en renonçant même à ses réflexes conceptuels – ; nous nous permettrons bien des Correspondances, à tous les niveaux, mais cela est indispensable pour nous plonger dans la profondeur de la plus « mythique » des cultures, et qui se trouve être aussi, – mais peut-être n'est-ce-pas là un paradoxe –, la plus pérenne face au Temps, souriant à l'Histoire sans désirer se l'approprier.



Car, et c'est là une ligne directrice dont nous démordrons pas, si la civilisation indoue artistique veut être vue dans sa qualité propre, il faudra mettre résolumment entre parenthèses le monde Occidental (et son pendant islamique). Et le mettre en défaut. Non pour remplacer l'« ethnocentrisme » occidental (qui lui est consubtanciel) par un « ethnocentrisme » indou, mais pour faire valoir l'aspect fondamentalement Multiple de cette culture polythéiste du Sud-Est asiatique : souvenons-nous que le dogmatisme n'est pas et ne peut pas être indou (ou brahmanique, védique), car il est toujours défini que la Vérité absolue, totale, est impossible à atteindre : aucune sagesse indoue prétend détenir La vérité ; mais, en revanche, l'intégralité de ces sagesses indoues prétendent toutes mener à la Délivrance du Monde phénoménal, empirique, historique, temporel, éphémère – transitoire et en cela douloureux –, qui est identifié au Cycle des renaissances, Libération qui est souvent issue d'une attitude de renoncement : le vrai Sage, bien qu'enveloppé de sa vérité qui lui a permis de Voir l'Ultime d'en haut, doit renoncer à sa vérité afin de ne pas s'enfermer dans un dogmatisme quelconque, qui serait synonyme d'échec.

Cela nous permet d'ailleurs de montrer ce qui est plus spécifiquement « orthodoxe » ou « hétérodoxe » dans la sphère brahmanique ou « indoue » (rappelons-nous que les « hindous » – les païens ou non-mahométans de l'Inde – ont été baptisés de la sorte lors du début de l'occupation islamique) : l'« hindouisme » en tant que tel est « orthodoxe », dans le sens où « ses » courants philosophiques, théistes et dévotionnels, respectent l'autorité de la Tradition, celle qu'incarne le(s) (quatre) Véda(s), le Savoir sacré, Tradition où est défini le principe premier du « non-dogmatisme » justement : les voies de Salut sont, et doivent être, Multiples. C'est là la différence essentielle d'avec les courants indous « hétérodoxes » (jaïnisme, bouddhisme, sikhisme), qui rejettent le(s) Véda(s) en tant qu'autorité philosophique, et, ce faisant (c'est un choix que nous n'avons pas à juger ici), se considèrent comme la vraie forme de Salut, les autres étant de « faux » chemins ; (le jaïnisme a néanmoins une approche agnostique de la Vérité ; mais ce courant indou « hétérodoxe » prônant l' Ahimsâ (« nolonté de faire souffrir le vivant »), « non-violence » commune aux impératifs brahmaniques, considère, ou plutôt, – chacune des sectes jaïnes, se considère comme seule permettant le Salut). Telle n'est pas la position indoue « orthodoxe », où l'on considère que de multiples voies de Salut existent et sont valables en tant que telles, et peuvent coexister ensemble, gardant leur pureté ou s'interpénétrant ; il en est de même du panthéon indien : être dévot de telle ou telle divinité indoue ne sous-entend pas, pour l'indou, le rejet génocidiaire d'une autre « divinité ». Parfaitement polythéiste, l'indouisme est aussi hénothéiste ; (et il suffit de connaître les poèmes du dévot (bhakta) Toukarâm pour comprendre que l'indou est aussi monothéiste, et agnostique, et panthéiste, et panenthéiste, etc...).

Si ce discours préliminaires se teinte d'une certaine agressivité, c'est que l'art est sans doute le premier indicateur du nivellement irrésistible de la Culture au niveau mondial, selon le diktat économique vivant depuis plusieurs siècles en « électron libre », nivellement qui n'est certainement pas le signe d'une sorte de « Renaissance universelle », mais au contraire qui incarne la « civilisation-faite-cancer » : j'en reviens à l'Occident. Et je pointe le malaise qu'induit la mentalité occidentale, la mentalité « égalitaire-pour-les-“nôtres” » du judéo-christianisme – ayant quelques racines en Grèce, avec le « très-marxiste » Platon, et puis les cités-nations-dédaignant-démocratiquement-leurs-métèques –, (sans oublier « l'athéo-agnosticisme-posiviste » : création récente de la culture judéo-chrétienne ; idéologie athéo-positiviste se positionnant par rapport à la métaphysique de la civilisation judéo-chrétienne et qui en cela est une idéologie « judéo-chrétienne » : son Ombre), la mentalité nivellatrice islamiste ou la mentalité « xénocidiaire » nationaliste, toutes ces mentalités (qui trouvent leur trait-d'union, si je puis dire, dans leur haine des « Autres-Différents-et-minoritaires-à-jamais » : leur haine des homosexuels), toutes ces mentalités disais-je, étant, au fond, osons-le dire, – similaires, se renforçant l'une au regard de l'autre, comme les organes d'un corps malade basé sur trois principes généraux qui tiennent de l'obsession : l'amour de la Jalousie ; la volonté d'annihiler l'Autre – puisqu' intrinsèquement ne pouvant pas tolérer ce qui est Différent – ; et enfin, la volonté de réduire l'Autre et Soi-même à une Naissance, ou plus précisément aux seuls Conditionnements historiques, sociaux, temporels, génétiques : réduire l'être à son aspect éphémère (le temps bref d' une seule vie !), sans se soucier de ce qu'est l'être, et Être.

L'Occidental peut bien gouailler le « Cynique » indou (le Chien n'est-il pas un animal associé à Shiva-Terrible, le dieu Ascète ?), – l'ascète itinérant et non-violent, le mendiant sacré, le vagabond saint, celui-là préférant épargner la vie d'un simple moustique (génétiquement un Autre-très-Différent, ce moustique ! – un Cousin très lointain de mon Moi, de mon corps et de mon esprit (« corps subtil »), mais métaphysiquement : une âme (le Soi), comparablement et exactement similaire à notre âme, âtman), cet ascète préférant éloigner le Cousin d'un mouvement de main, plutôt qu'en l'écrasant juste parce qu'il vient de le piquer... il peut bien gouailler à son sujet, l'Occidental, mais je lui rappelle que ce n'est pas à cet ascète indou, ce « surhomme » là, errant comme hors de la société (car la fin de la société traditionnelle indoue est de montrer sa non-suffisance : et d'indiquer, par le truchement des brâhmanes, qu'il n'y a de rencontre avec l'Ultime que « hors de la société », c'est-à-dire en abandonnant un rapport limité et limitable d'avec le Monde, pour devenir l' Or de la société), ce n'est pas à l'ascète indou à qui l'on doit les nivellements atroces faisant de l'Occident la « civilisation des génocides » ; (et de tous les Génocides, de par sa loi économique et de par sa logique soi-disant « raisonnable » ; génocides comprenant les animaux-non-humains aussi : « De la figure du génocide il ne faudrait ni abuser ni s'acquitter trop vite. Car elle se complique ici : l'anéantissement des espèces, certes, serait à l'oeuvre, mais il passerait par l'organisation et l'exploitation d'une survie artificielle, infernale, virtuellement interminable, dans des conditions que des hommes du passé auraient jugées monstrueuses, hors de toutes les normes supposées de la vie propre aux animaux ainsi exterminés dans leur survivance ou dans leur surpeuplement même. Comme si, par exemple, au lieu de jeter un peuple dans dans des fours crématoires et dans des chambres à gaz, des médecins ou des généticiens (par exemple nazis) avaient décidés d'organiser par insémination artificielle la surproduction et la surgénération de Juifs, de Tziganes et d'homosexuels qui, toujours plus nombreux et plus nourris, aurait été destinés, en nombre toujours croissant, au même enfer, celui de l'expérimentation génétique imposée, de l'extermination par le gaz et par le feu. Dans les mêmes abattoirs. [1] » — Jacques Derrida, l'animal que donc je suis).


L'Inde, outre sa multitude incalculable de courants indous, subdivisions de sectes vishnouïtes, shivaïtes, shakta, smarta, nous donne à voir une immense minorité musulmane, dont la variété de courants islamiques ne se retrouve même pas en terre mahométane ! – mais aussi sikhe, chrétienne, bouddhiste, jaïne, parsi (zoroastres réfugiés en Inde lors des invasions islamiques en Iran), voire même juive, tous minoritaires, mais au sein d'une mosaïque multicolore de minorités indoues, où l'on peut prétendre que chacun peut respirer l' air de l'Autre, tant, en comparaison, l'histoire de l'Europe est celle d'une volonté indéniable de niveler sa culture, jusqu'au point où l'on sait : « passion de la Nation », instrumentalisée avec la première guerre mondiale ; génocide de masse, industriel, des minorités juives, tziganes, homosexuelles, pour, récemment, le « nettoyage ethnique » en ex-Yougoslavie : l'Occident ne se lasse jamais de se reproduire. Polpot, le fameux communiste « khmer », au dernière nouvelle, – n'était pas bonze. Le génocide du Rwanda est, dans son origine raciste, une création de l'administration belge, de cette Belgique de Léopold II et de sa colonie d'au moins huit millions de morts, encore muets aujourd'hui. C'est l'Occidental qui a vu un « népotisme » en Inde brahmanique : quand on sait que le synonyme de brâhmane est dvija (« deux-fois-nés »), – on commence à avoir des doutes sur ce soi-disant « népotisme » indou, surtout lorsque l'on précise que ce point-de-vue est celui de la machine de propagande coloniale, tout droit sortie de cette patrie du « racisme scientifique », Empire britannique obsédé par l'aspect historique de la culture indoue (qu'il trouve « ruinée » après six siècles de domination islamique), sur le « génie antique et à la peau claire iranien » (soi-disant l'« aryen »), qui aurait soumis les indiens à la peau noire, sans comprendre que les seules races qui comptent, en Inde, dans ce pays de métissage physique et artistique le plus sensationnel, ce sont les Races du cœur et de l'esprit, les Races de ceux qui voient le Soi, l' âtman, l'âme commune à tous les êtres vivants (sans exception), – les gens de noble (ârya) ca-rac-tère. Mais les chercheurs britanniques, préférant ignorer la mythologie brahmanique, où un dieu comme Krishna – vrai ârya – a une peau noire si sombre qu'elle paraît bleue, continuèrent dans leur obsession « historisante » de la culture indoue, fortement teintée d'ambition coloniale, donc de propagande raciste, ou plus précisément, génétique, (grande passion de la recherche nazie : que nous avons en héritage), pour qu'au final la si belle définition de la Noblesse de cœur – « ârya » –, et le symbole sacré de la Vérité et des quatre Races sacrées de l'Homme cosmique, des quatre buts de la Vie (Eros/Kâma, Gain/Famille/Artha, Kosmos/Vertu/Harmonie/Dharma, Délivrance/Nirvâna/Moksha) et des quatre Véda-s, – le svastika –, soient défigurés par les nazis : nazisme faisant de l'Europe la dernière victime de la violence « coloniale »... européenne. C'est l'Empire britannique qui, par son système d'asservissement économique et administratif, bureaucratique, a réduit le peuple indien a des famines annuelles, – la pire des misères : non le système des « castes » des indous traditionnels ! (Subtile propagande britannique, et des plus endurantes ! – Coloniser : c'est « civiliser », n'est-ce-pas ?). (Et quelle est la cause des famines actuelles, si ce n'est le « néo-colonialisme » et son O.M.C. ?) Face à ce monde que l'Occident (sa machine intellectuelle, industrielle, au pouvoir) a violé, nous devons comprendre et connaître les reliques des cultures relativisant ces « civilisations du nivellement » ; le Culture indoue, nous le verrons, n'a pas son pair pour initier à la Multiplicité culturelle et autonome ; la Civilisation humaine ne pourra jamais être un « monobloc » culturel, monotone, – ennuyeux à mourir ; c'est aussi en cela que la culture indoue mérite un auditoire respecteux : il en va du monde. Et des hommes.

Néanmoins, loin de moi l'idée de prétendre que les indous soient dépourvus de ces tares « totalitaristes » ou « génocidiaires », (demandons-nous quand même en quoi l'Inde actuelle demeure « indoue », après tant de siècles – un millénaire ! – de mépris de sa culture et de son peuple, car on ne peut nier que certains « indous » aient finalement cédés inconsciemment aux stéréotypes mentaux imposés, ou découlant, des invasions islamiques et occidentales...), mais il est important de rappeler qu' en soi, intrinsèquement, la Culture indoue (ou brahmanique, védique, ârya, « Noble » en sanskrit) n'a aucun besoin, ni aucune volonté, de réduire la Multiplicité des formes de la culture humaine : bien au contraire ; (je rappelle que dans l'optique de l'indouisme orthodoxe, il n'y a pas plus d'« hindous » que de « non-hindous », il y a des êtres qui naissent et sont conditionnés par le groupe social auxquels ils appartiennent, phénomène inévitable au sein de toute société, et que les Occidentaux ont surnommés « castes », comme si eux-mêmes étaient dépourvus de conditionnements historiques et sociaux relativisables ; – suffisance que ne se permettrait jamais un brâhmane, je le précise).

Alors, si le monde « occidental ou judéo-chrétien », « islamiste », bref « nationaliste(s) » (je veux dire : toute cette mentalité attachée aux Conditionnements, à l'hérédité historique et temporelle, temporaire, réduisant strictement [je soulige] les êtres vivants ou un « type de créatures » à leur γενεςις (genesis) [2], à leur « Naissance », à leur lieu de naissance, à leur « Nation », à leur héritage passé ou futur, voire, ou même surtout, à leur gènes, à cette prédestination immonde de l'être, réduit dans ce Néant illusoire, illusion soi-disant « scientifique »), si ce monde là est le seul valable aux yeux des médias et du « citoyen-consommateur », attachons-nous à faire valoir le monde indou, son Art, pour faire apparaître aussi toutes ces cultures oubliées, de la culture pré-coloniale-américaine violée à mort, dans sa totalité, au monde « bouddhique » prisonnier des nationalismes étatiques et militaristes, en passant par la culture nègre et océannienne laissées pour mortes par l'Occident et l'Islamisme : souvenons-nous d'un futur souriant ; et, pour une fois, permettons-nous de voir comme dérisoires la suffisance des cultures intrinsèquement nivellatrices, « médiocre », dans le sens large du terme. Osons être absolument anti-totalitariste, – sous-entendus compris. Aimons plutôt l' étrangeté de l'Inconnu. Qui est aussi celle de l'Art, de tout Art. Tout artiste est étranger à son art.

Et de l'Art, de cet art, nous essayerons d'en faire une vision la plus compréhensive possible ; cet ouvrage a la volonté d'être une référence dans le domaine de l'esthétique de « l'art indou ». Des penseurs occidentaux de référence seront présents aussi pour nous apporter leur réflexion : pas d'œillères, mais un goût pour le « Multicolore » qui est celui de la Lumière. Le simple lecteur, tout comme le chercheur, doivent y trouver matière à la découverte et à l'amour de l'art du sous-continent indien (et de l'Asie « hindouïsée », de par le passé (Afghanistan, par exemple), ou encore aujourd'hui (île de Bali, qui demeure un reste de l'animisme indonésien, tandis que l'hindouisme est un « animisme brahmanique ».), voire même avec l'œil moderne d'un sculpteur comme Brâncusi, inspiré par l'Orient et par sa culture roumaine si riche de son folklore ancien (issu des ethnies indo-roumaines « manouches », (manushya signifiant « Homme », en hindi/sanskrit) : l'Europe doit apprendre à se re-con-naître dans le fait qu'aucune Culture n'est, et ne sera jamais, une dure frontière, un mur d'orgueil et d'indifférence [1].



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Comme il s'agit d'un livre refusant l'attributions de quelconque(s) droit(s) d'auteur(s) – comme il se doit sur ce site –, chacun peut, évidemment, compléter les textes, les améliorer ou encore les illustrer.

Néanmoins, puisque ce livre se veut utile avant tout à un public d'étudiants et de chercheurs, tout travail proposé devra être le fruit d'une composition savante, qui, dans son développement, devra éviter de manquer de références, d'exemples, si ce n'est d'engagements intellectuels originaux, afin d'éviter à la fois une étude sans fondement, – ou particulièrement ennuyeuse pour ses lecteurs. L'art indou – qui souhaite tous nous enchanter – mérite d'être vu dans son inaltérable et divine poésie.



Dino CASTELBOU, 5 décembre 2009.





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  1. « L'horizons des fins de l'animal n'est pas seulement une fiction au service de la phénoménologie ou de l'analyse éidétique d'une structure du monde ou du Dasein. C'est l'horizon d'une hypothèse réelle, si je puis dire. Car ce que fait surgir cette hypothèse fictive de Descartes, même si elle ne dure qu'un instant et garde une sorte de valeur pédagogique et méthodologique, c'est aussi un spectacle plus vraisemblable aujourd'hui qu'au XVIIe siècle. Ce spectacle ne peut se former que comme le symptôme d'un désir ou d'un phantasme : le tableau d'un monde après l'animalité, d'abord présente à l'homme, aurait un jour disparu. Elle aurait été détruite ou anéantie par l'homme, soit purement et simplement, ce qui paraît à peu près impossible même si on se sent en route vers ce monde sans animaux, soit à travers un traitement dévitalisant ou désanimalisant, d'autres diraient dénaturant de l'animalité, la production de figures si nouvelles de l'animalité qu'elles paraîtraient assez monstrueuses pour appeler un changement de nom ; cette science-fiction de plus en plus crédible aurait commencé avec la domestication apprivoisante, le dressage, la neutralisation, l'acculturation, et se poursuivrait avec l'exploitation médico-industrielle, les interventions massives sur le milieu et la reproduction, les transplantations génétiques, le clonage, etc.(...) On peut dire enfin que cet impensé du “je pense”, là où l'animal que je suis le suit depuis la place de l'autre ou de l'inconscient, c'est bien une machinalité qui, automatiquement, hante, comme un malin génie à conjurer, le concept cartésien d'animal-machine que le concept kantien de providence, de Maschinenwesen Der Vorsehung, qui finalise d'avance, par prescription et par prédiction, l'histoire des machines de guerre qui devraient avoir un effet civilisateur. Mais alors cet état de culture et de socialité régulière auquel conduiraient les guerres humaines, selon ce dessein providentiel du Maschinenwesen Der Vorsehung, ce serait encore, sous la forme d'une Pax Humana, la poursuite d'une guerre sans merci contre l'animal, seulement un moment de cette guerre à mort – qui devrait en effet aboutir à un monde sans animal digne de ce nom et vivant en vue d'autre chose que de devenir moyen pour l'homme, bétail, outil, viande, corps ou vivant expérimental. » — Jacques Derrida, l'animal que donc je suis.
  2. Dans l'Inde traditionnelle, selon les méthodes orthodoxes hindoues, si un homme se révèle stérile et que son épouse désire enfanter, cette femme, forcément mariée d'ailleurs, doit trouver un jeune, vigoureux et beau brâhmane (« Race » la plus pure) pour faire l'amour avec lui autant de fois que nécessaire, afin d'être ainsi ensemensée : bien que le père soit biologiquement, génétiquement, bref, phénoménalement parlant, un brâhmane, l'enfant qui naîtra de cette union aura bien la « Race » (Varna, « Couleur », « caste sacrée ») de son père « non-génétique », – de son père « adoptif » ; (par exemple, si le père « adoptif » est un vaïshya, l'enfant que fera naître sa femme sera vaïshya – ou plutôt deviendra ce qu'il est – c'est-à-dire, vaïshya, de la Race des Paysans/Commerçants/Artisans, bien que son père génétique soit un brâhmane, de la Race du Savoir sacré) : c'est bien la preuve que la vision indoue donne un poids très relatifs à l'héritage génétique (si ce n'est déjà à « l'adultère », invention abrahamique spécieuse et culpabilisante, – idolâtrie de la Jalousie, opposée à l'Amour et à l'Eros), parce que la vision brahmanique possède une vision très large des êtres dans tous leurs conditionnements.



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Ganesha, Brihadeeswarar Temple.jpg Ganesh, Dieu protecteur des lettres et des sciences (dont les arts plastiques).

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Le temple de Kandariyâ Mahâdéva ; (Khajurâho, Madhya Pradesh, Inde).

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Le culte d'adoration (puja) à la divinité, est une forme d'Art, « en un sens, le plus important puisqu'il est probablement à la source de tous les autres. » (Alain Daniélou, Approche de l'hindouisme) ; ici, photographie à l'intérieur du temple de la Déesse Mînakshi/Lakshmi (Madurai, Tamil Nadu, Inde).

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Avant que les troupes de danseurs/acteurs du nord de l'Inde aient été massacrés lors des premières invasions islamiques, les dévadasi (« servantes des dieux ») étaient présentes dans tous les grands temples indous, à côté des brâhmanes. En effet, en Inde, « la danse est considérée comme une des formes de vénération de la Divinité » (Alain Daniélou, Approche de l'hindouisme.) ; cette fonction prestigieuse d'« épouse de la Divinité » – aujourd'hui, hélas « disparue » par le biais du puritanisme islamique et britannique ne tolérant pas la liberté sexuelle chez une femme, (permise en public aux dévadasi, qui n'étaient pas des « prostituées », mais des Courtisanes Maîtres dans les Arts, accordant leurs faveurs à qui elles voulaient, par Grâce), – démontre la haute valeur que l'Inde accordait, et accorde encore, à l'art « dramatique ». Un des noms du Dieu Krishna est Nat-Var, « le meilleur des Comédiens » ; (« Pourquoi les peuples traditionnels qui vivaient dans une élégance quotidienne, laquelle leur semblait naturelle et allait non seulement des vêtements, des habitations, mais des instruments de cuisine aux moindres gestes de la vie, sont aussi ceux qui sont le plus absolument sans défense devant les productions du pire mauvais goût d'une autre culture qui les envahit ? » — Coomaraswamy, Suis-je le gardien de mon frère ? (Jean-Louis Gabin, Approche de l'hindouisme)).

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Deux femmes adorant le Lingam (« Phallus », Signe en sanskrit, forme du Dieu Shiva) ; Bhairavi Ragini, Manley Ragamala, miniature peinte à la gouache sur papier (1610, Rajasthan, Inde).

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Bas-relief du Dieu-vacher Krishna soulevant le mont Govardhan, afin de protéger les villageois et les bovins de la mousson furieuse du roi des dieux, Indra.(7ème siècle, Mamallapuram, Tamil Nadu, Inde).

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Krishna avec Râdhâ et une autre bergère ; gouache sur papier, Gita-Govinda du poète Jayadéva ; (1730, Inde).

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la Reine Sembiyan Mahadévî incarnant la Déesse Parvati, épouse du Dieu Shiva ; (10ème siècle, dynastie Chola, Inde).

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Le Dieu-vacher Krishna embrassant ses amantes, les Gopi, « bergères » ; Gita-Govinda du poète Jayadéva ; (1760-1765, Inde).

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Nātyāchārya Vidūshakaratnam Padma Shri Guru Māni Mādhava Chākyār (15 février 1899 - 14 janvier 1990), artiste dramatique et maître sanskrit du Kerala (Sud de l'Inde), considéré comme le plus grand artiste contemporain du Chakyar Koothu et du Koodiyattam. Ici, incarnant le démon Râvana.

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Char à divinité (ratha) ; (1855, Badami, Karnataka, Inde).

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La ville Bleue (Jodhpur, Rajasthan, Inde).

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Sâdhu – ascète itinérant indou – jouant de la flûte (Bénarès-Varanaçi-Kashi, Uttar Pradesh, Inde).

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« La simplicité n'est pas un but dans l'art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s'approchant du sens réel des choses » ; « C’est en taillant la pierre que l’on découvre l’esprit de la matière, sa propre mesure. La main pense et suit la pensée de la matière. » — Constantin Brâncusi (1920 ; Atelier de Brâncusi ; photographie d'Edward Steichen).

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Gopuram, porte magistrale de temple hindou dans le Sud de l'Inde (Hampi, Karnataka, Inde).

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Sadguru Nityananda (1897-1961), jeune Yogi : « Les méthodes de yoga prennent une grande importance dans les arts et (...) l'art lui-même peut être considéré comme l'une des formes essentielles de yoga : une concentration dans laquelle toute distinction entre le sujet et l'objet disparaît et qui est un moyen d'achever l'harmonie ou l'unité de la conscience. » (Alain Daniélou, Approche de l'hindouisme).

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Fresque de temple (7e siècle, Ajanta, Maharastra, Inde).