Aventures en Guyane/Note de l’éditeur

Free texts and images.
Jump to: navigation, search

Aventures en Guyane
Note de l’éditeur
written by Raymond Maufrais
Fac-similé


[ 7 ]
NOTE DE L’ÉDITEUR


Un jeune garçon sympathique vint un jour nous voir. Il s’appelait Raymond Maufrais. Il expliqua qu’il revenait du Brésil où il avait débuté dans la carrière d’explorateur en suivant, en qualité d’« observateur étranger », une mission du Service de Protection aux Indiens. Cette première exploration, encore modeste, puisqu’il s’agissait de territoires interdits mais déjà relativement connus et d’une mission de pacification, avait été pour lui une précieuse expérience avant de se lancer dans des régions plus ignorées. Il allait repartir prochainement pour effectuer un reportage en Guyane, et voulait savoir si nous nous intéresserions au livre qu’il en rapporterait.

Raymond Maufrais avait alors vingt-trois ans, et sa biographie était déjà assez remplie. Comme beaucoup de [ 8 ]courageux garçons de son âge, il avait activement participé à la libération de son pays. Dès l’âge de seize ans, il avait essayé de gagner Londres. Mais après un passage clandestin de la ligne de démarcation (il venait de Toulon), il eut un accident au moment d’embarquer sur un bateau de pêche, près de Dieppe. Recueilli par le maire du village, puis par les sœurs d’un couvent voisin, il avait été caché, soigné, il avait dû rentrer à Toulon. Tout en poursuivant ses études, il était devenu agent de renseignements pour la Résistance. Après avoir passé son Brevet Supérieur, il voulut préparer son bachot. Mais l’époque n’était guère favorable aux études : son collège fut évacué en Périgord et après avoir échoué à la première partie de l’examen, il préféra le maquis à la stagnation scolaire. Après le débarquement, il regagna Toulon, participa avec éclat à la libération de la ville et reçu la Croix de Guerre à dix-sept ans et demi.

Mais il voulait faire plus encore : s’engager. Ses parents ayant refusé leur consentement, il vint à Paris pour tenter sa chance dans le métier de ses rêves : le journalisme. Son premier « papier », paru dans Gavroche, racontait le Sabordage de la Flotte, à Toulon. Après avoir été correspondant de guerre dans la poche de Royan, il obtint enfin l’autorisation d’engagement souhaitée, et fut parachutiste dans la Marine. Vinrent la capitulation de l’Allemagne, puis la démobilisation, et en juillet 1946, il partit pour le Brésil où il entra à l’Agence France-Presse. C’est alors qu’il suivit la mission brésilienne chargée de tenter une pacification d’une tribu d’Indiens Chavantes, surnommés « les Tueurs du Matto Grosso », expédition qui d’ailleurs échoua.

En 1948, il rentra en France pour y chercher des appuis en vue d’une nouvelle expédition et réussit bien[ 9 ]tôt à repartir avec l’aide de la revue Sciences et Voyages. En 1950, les journaux annoncèrent que Raymond Maufrais était porté disparu.

En juin 1951, son père recevait l’avis officiel de sa disparition. C’est sur les bords du Tamouri, fleuve de Guyane, qu’on retrouva, sur l’emplacement de son dernier camp, le cahier dans lequel il consignait le récit de son expédition en vue du livre qu’il publierait à son retour. C’est ce texte, ces pages maculées, tachées de pluie, pieusement déchiffrées par le père de Raymond Maufrais, que nous publions aujourd’hui sans en changer un seul mot. Plus peut-être qu’un simple récit d’exploration, c’est un document humain, bouleversant, d’une valeur inestimable.

Raymond Maufrais a-t-il été victime des Indiens, victime de la faim ou de l’un des mille dangers qui guettent l’homme dans la jungle ? Est-il, comme le croit son père, toujours vivant et prisonnier ?

Quoi qu’il en soit, Edgar Maufrais, à l’âge de cinquante-deux ans, vient de partir pour le Brésil à la recherche de son fils avec soixante mille francs en poche. Il espère d’ailleurs trouver là-bas d’autres concours et la presse a annoncé que certains savants étrangers désireraient se joindre à lui. Edgar Maufrais entend, d’après ses déclarations, suivre un chemin différent que celui que s’était tracé son fils pour atteindre les monts Tumuc-Humac.

Nous souhaitons que l’avenir donne raison à la confiance inébranlable que M. et Mme Edgar Maufrais ont constamment témoignée dans le destin de leur enfant.