L'organique et le social chez l'homme

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L'organique et le social chez l'homme
written by Henri Wallon
1953
  • L'organique et le social chez l'homme (1)

(1) Article extrait de « Scientia », avril 1953.

Les besoins de son organisme, les exigences sociales sont les deux pôles entre lesquels se déploie l'activité de l'homme. En présence de leur hétérogénéité deux positions étaient possibles : le dualisme substantialiste d'un Descartes ou la tentative de ramener à une seule espèce d'éléments toute la réalité. Le matérialisme sous sa forme mécaniste est incapable d'étendre les lois du monde physique à l'histoire de l'homme.

L'idéalisme a pris des aspects contradictoires : rationalisme, existentialisme, gestaltisme. Si le matérialisme mécaniste a échoué, c'est qu'au lieu d'envisager l'existence dans la totalité de ses conditions, il se faisait de la causalité une représentation unilatérale. Chez l'homme le système perceptif est doublé par un système verbal de signalisation qui lui permet de réagir à des circonstances inactuelles, c'est-à-dire à des situations ou à des objets simplement imaginés. Ainsi l'homme a-t-il pu vouloir remanier l'ordre naturel des choses selon ses besoins et ses desseins. C'est par le langage que l'homme se distingue de l'animal. Selon Marx le langage est lié à la production par l'homme d'instruments et d'objets ayant des propriétés définies. Il a donc été précédé dans les premiers groupes de ceux qui devaient devenir des hommes par des moyens de communication plus primitifs. Ces moyens sont à base d'expression émotionnelle.

L'existence de l'homme se déploie entre les exigences de son organisme qui lui sont communes avec d'autres espèces animales et celles de la société qui sont propres à son espèce.

D'un côté la physiologie, à laquelle répond tout au plus une sensibilité végétative : celle dont on a fait l'autisme d'où partirait la conscience de l'individu et vers lequel elle pourrait régresser quand s'atrophient ses relations avec le monde extérieur. De l'autre des rapports d'ordre idéologique, juridique avec le groupe humain dont il fait partie. D'un côté le système nerveux dit autonome, qui règle le fonctionnement des organes. De l'autre l'appareil cérébro-spinal qui le met en rapport avec le monde extérieur, non seulement par le moyen des sens et des mouvements, mais aussi par celui du langage et des idées.

Cet apparent dualisme a été soit accepté soit escamoté. Prisonnier des conceptions substantialistes de son époque, Descartes a regardé comme également réelles l'étendue et la pensée, car il y constatait des façons d'exister essentiellement distinctes et dont rien dans les connaissances de son époque ne permettait d'imaginer la réduction mutuelle ni le passage de l'une à l'autre.

Cependant le dualisme pose des problèmes de relations qui sont insolubles, et il répugne à l'esprit en lui imposant deux systèmes de principe ou de postulats totalement hétérogènes. Aussi est-ce souvent sur l'un ou sur l'autre exclusivement qu'a été fondée l'existence de ce qui est. Pour certains c'est sur l'organisme et, à travers lui, sur la matière en général qu'elle repose. Tout ce qui s'observe en l'homme, y compris sa conscience et les systèmes d'idées ou d'institutions qui en procèdent devrait être directement explicable par la matière brute, édifiant de proche en proche l'univers et les êtres qui le composent, chacun d'eux agissant à son tour comme un de ses instruments. Cette conception flatte la tendance artificialiste par laquelle l'homme projette dans la nature l'image qu'il se fait de sa propre activité constructive. C'est le matérialisme mécaniste dont on a pu dire qu'il rejoint par certains côté ce qui peut sembler lui être le plus opposé, le providentialisme. Ramenant l'existence des choses à un déterminisme unilatéral, cette doctrine prétend impliquer dans les éléments originels des effets dont il est impossible qu'ils soient la raison suffisante. Aussi a-t-elle été responsable de la discontinuité radicale que certains disent exister entre la science du monde physique et celle des civilisations, plus particulièrement entre l'homme biologique et l'homme social.

A l'opposé du matérialisme s'est posé l'idéalisme qui prétend résorber l'existence du monde physique dans les seules images que nous en avons. Substituant la connaissance de l'objet à l'objet lui-même, comme la seule certitude que nous puissions avoir de son existence, il réduit cette existence à la conscience que nous en avons et s'enferme dans la connaissance comme dans la seule réalité dont il soit permis d'affirmer qu'elle existe. Mais l'idéalisme ne s'est pas borné à rétrécir le réel dans les limites de l'image ; il a souvent aussi rétréci l'image de ce qu'il considère comme le réel. C'est ainsi qu'à l'idéalisme qui tient tout l'édifice de nos connaissances comme la structure même du réel s'est opposée la doctrine de l'expérience vécue. N'est réel que ce que nous éprouvons subjectivement. Tout ce qui n'est pas immédiatement lié à notre sentiment d'existence devient construction artificielle et s'insinue arbitrairement dans cette création perpétuelle du monde qu'opère notre sensibilité. C'est la thèse de Bergson et c'est celle des existentialistes.

Le niveau presque végétatif, en tous cas de sensualisme élémentaire, vers lequel ils font rétrograder la seule expérience qu'ils regardent comme authentique pourrait faire penser qu'ils cherchent dans la biologie les sources les plus proches de cette conscience à quoi ils ramènent l'existence.

Mais on sait combien, au contraire, Bergson dénonce dans l'organisme et dans l'explication de la vie par des structures corporelles l'interférence vicieuse de mécanismes stéréotypés dans ce qui serait renouvellement perpétuel. C'est aussi la thèse de l'existentialisme qui voit dans tout ce qui s'ajoute à l'expérience vécue des perspectives arbitraires, provisoires, bien que parfois utiles, comme peut être en particulier l'image des organes. H arrive pourtant que la succession pure des impressions vécues paraisse offrir au réel une base trop mouvante. Alors c'est une essence sous-jacente à cette succession qui serait la base du réel. Entre la pure phénoménologie et l'essence l'existentialisme oscille. Donné comme le témoignage le plus naïf et le moins contestable de ce qu'est l'expérience véritablement vécue, son subjectivisme radical est bien au contraire le résultat d'une opération raffinée qui se heurte au sens commun. Car spontanément c'est l'objet que nous percevons et que nous connaissons à propos de nos sensations et non pas notre sensibilité elle-même. On pourrait se demander pourquoi cette préférence exclusive accordée à la pure affectivité et pourquoi cette élimination des opérations perceptives et intellectuelles qu'il appartient aux stimuli extérieurs de susciter et dont le résultat évident est de mieux nous adapter aux exigences et aux structures du milieu.

L'idéalisme s'est donc tourné vers la réduction du réel à des essences : pour Goldstein par exemple, en présence de toute manifestation biologique il faut se tourner vers son essence, c'est-à-dire vers l'ensemble dont elle fait partie et qui est seul capable de lui donner sa signification, de lui assigner sa place dans le réel. Il semble que pour Goldstein le réel se compose d'ensembles concentriques où sont unis l'être vivant et son milieu, l'individu et la société, l'humanité et le cosmos. C'est par référence au niveau supérieur qu'il est possible de conférer à l'objet de la connaissance sa pleine réalité. Goldstein reconnaît combien ses conceptions se rapprochent du Gestaltisme ou psychologie de la forme. Il tient pourtant à marquer une différence. Il n'y a pas pour lui de bonnes formes en soi, mais seulement des adaptations plus exactes ou plus parfaites à des situations déterminées.

Identifiant essence, ensemble et adaptation, Goldstein, à l'opposé de l'existentialisme, met au premier plan du réel l'image objective des choses, c'est-à-dire les choses telles qu'on peut les voir et les « avoir », telles enfin que la conscience est capable de se les opposer comme des réalités stables. Au deuxième plan seulement il place le vécu ou « l'éprouvé » qui est la sensibilité décomplétée et qui se borne au sentiment d'être dans le monde, simple abandon aux événements vécus sans objectivation possible. Vient enfin l'organisme, qui est une abstraction au regard de la totalité. Il n'est que le déroulement multiforme de manifestations qui se rapportent à des organes différents et qui n'en donnent qu'une image momentanée et toujours parcellaire. Il est un devenir perpétuel de modifications que seules leur répétition et leur constance permettent d'assimiler à des organes. Sans cette constance ceux-ci ne pourraient jamais être reconnus comme tels. La constance est le fil conducteur qui mène à la notion d'organisme. C'est un concept qui s'enrichit avec le nombre de constantes qu'il est possible de déterminer, sinon il resterait purement formel.

C'est donc de la conscience que procéderait l'existence. Tout ce qui s'éloigne de son unité, de sa totalité fondamentale n'est qu'ombre ou fragment de la réalité. L'organisme et la matière sont dispersion d'éléments dégradés et inefficaces. C'est de l'essence qu'il faut partir, c'est par ce qui est d'emblée complet ou parfait qu'il faut rendre compte de ce qui existe. L'adaptation d'un être aux situations variées de son existence est donnée comme étant chaque fois tout ce qu'elle peut être. Elle ne connaît pas l'obstacle. Ou plutôt l'obstacle c'est la maladie, c'est l'anomalie, c'est la rupture de l'ensemble, c'est le résultat d'une réaction partielle. L'essence paraît méconnaître les tâtonnements de l'évolution. Et même s'il est admis qu'elle doive se réaliser progressivement dans le temps, il semble qu'elle préexiste déjà à sa propre réalisation. A l'ordre historique est substitué un simple postulat métaphysique.

Cependant l'argument de la totalité ne saurait valoir contre une conception où l'union de l'être vivant et du milieu serait un fait de structure fondamental. C'est à quoi répond ce que Pavlov appelle l'activité nerveuse supérieure. Elle est liée chez l'homme et dans les espèces dotées d'hémisphères cérébraux à l'existence de leur écorce. C'est là que se projettent simultanément toutes les excitations d'origine organique, c'est-à-dire d'origine viscérale et posturale, et toutes celles venues du monde extérieur par le moyen des sens et de la réceptivité périphérique. C'est de là que partiraient toutes les réponses, qu'elles appartiennent aux fonctions appelées végétatives ou aux fonctions dites de relation. En réalité les deux domaines sont en étroite connection mutuelle, tant par leurs appareils récepteurs qu'effecteurs et, entre eux, toutes les associations sont possibles. On sait comment s'établit un réflexe conditionnel. Il suffit qu'à l'excitant spécifique ou « inconditionnel » un excitant quelconque soit associé un nombre de fois suffisant pour que celui-ci devienne capable de provoquer en l'absence du premier la même réaction que lui.

Trop souvent on a considéré que ce genre d'association se faisait mécaniquement et Goldstein par exemple, voit dans les réflexes conditionnels de ces relations artificielles et partielles qui sont à l'opposé d'une bonne adaptation celle où la réaction doit être une réaction d'ensemble en présence d'une situation déterminée. Pourtant le rôle que Pavlov attribue à l'écorce est un rôle d'analyse, et l'analyse n'est concevable qu'à partir d'un ensemble. L'excitation corticale résultant du stimulus n'est pas passivement subie comme telle, elle suscite au contraire immédiatement des opérations plus ou moins fines de délimitation, par où le lieu de l'excitation est cerné par des zones d'inhibition. C'est ainsi que la nature du stimulus est authentifié avec plus ou moins de précision. Comment imaginer ces rapports mouvants et différenciateurs de l'excitation et de l'inhibition autrement que sous-tendus par une activité généralisée et virtuellement totale du cortex ?

Ce qui ajoute encore à l'ampleur de l'excitation ainsi précisée c'est qu'elle n'est pas un pur élément de la perception. Elle est un signal, le signal de réactions soit organiques, soit gestuelles, soit opératoires qui débordent sa signification première et qui souvent même lui étaient totalement étrangères. C'est ainsi que détachée de l'ensemble dont elle faisait initialement partie elle peut devenir un moyen d'anticiper sur la situation attendue ou menaçante en suscitant par elle-même les réactions appropriées. C'est là un précieux instrument d'adaptation au milieu.

L'ensemble de cet équipement en réflexes conditionnels est ce que Pavlov appelle système de signalisation. Les réactions se produisent au signal des stimulus que des circonstances antérieures leur ont liés. Mais si ces stimulus sont de pures impressions sensibles et n'appartiennent qu'au domaine de la perception, leur champ d'action ne peut dépasser l'ambiance physique ni le moment présent. C'est au monde actuel que se rapportent les réactions de l'animal, si complexes que puissent être les conduites qu'il a pu hériter de son espèce ou de sa propre expérience. L'homme au contraire réagit sans cesse à des situations auxquelles rien ne répond dans la réalité présente, sinon qu'elles peuvent être exprimées par des mots. Pavlov fait du langage un second système de signalisation.

Entre les deux systèmes il y a toutes les transformations évolutives qui séparent l'homme de l'animal. Parlant des hommes Marx écrit (1) : « Ils commencent eux-mêmes à se différencier des animaux dès qu'ils commencent à produire leurs moyens de subsistance, opération qui est conditionnée par leur organisation corporelle. » Et Engels déclare : « Le travail d'abord ; à sa suite puis en combinaison avec lui le langage, voilà les deux facteurs essentiels sous l'influence desquels le cerveau du singe est devenu petit à petit un cerveau humain. »

L'apparition du langage aurait donc été précédé par une période où, dans les groupes de ceux qui deviendront des hommes il y avait production et coopération, donc déjà certaines possibilités, sinon de compréhension mutuelle, du moins d'entente pratique et de participation aux exigences ou au péripéties de l'existence commune. Le langage en effet ne peut se constituer qu'à propos d'objets qu'il lui faut distinguer entre eux et il semble bien que l'individualisation des objets a dû commencer par ceux que l'homme aménageait à son usage ou qu'il fabriquait. C'est eux d'abord ou les actes dont il les entourait qu'il a eu intérêt à désigner ou à formuler. Mais si c'est là un support dont a besoin le langage, il n'est pas le seul moyen de communication entre les individus.

Encore aujourd'hui il s'établit entre des individus rassemblés une sorte de communauté qui n'a pas besoin de mots pour les unir ou pour les opposer entre eux. A l'insu même de chacun, ses attitudes, ses gestes, ses mines, ses plus involontaires réactions à l'égard du voisin, les répercussions qui en résultent font naître comme de grands transports collectifs qui peuvent aboutir à des élans passionnels ou à des actions dans lesquelles il arrive qu'aucun des participants ne saurait retrouver sa responsabilité personnelle.

Cette fusion fugace d'individus qui d'abord pouvaient s'ignorer les uns les autres semble pourtant avoir été un facteur important de la sociabilité primitive. Il suffirait pour s'en convaincre de constater la place que tiennent encore dans les sociétés intellectuellement moins évoluées que la nôtre les cérémonies et les rites, dont le but paraît être de susciter chez tous, par des scènes mimées, par des simulacres et surtout par des gestes rythmés, des psalmodies ou des cris, des émotions qui soudent en une sensibilité et une volonté commune ces parcelles humaines que des concurrences alimentaires ou autres risquent sans cesse d'opposer entre elles. Ces démonstrations collectives devaient avoir d'autant plus d'importance que les relations ou motivations d'ordre conceptuel et idéologique demeuraient moins accessibles à chacun et plus rudimentaires (1).

Mais c'est aussi dans la vie quotidienne, et de notre temps encore comme dans le passé, que des rapports non verbaux s'établissent et provoquent de personne à personne « d'instinctifs » sentiments de sympathie ou d'antipathie, d'entente ou d'opposition, de méfiance ou d'abandon. « Intuition », dit-on. En réalité, échange de signes sous-jacents à la conscience et dont elle ne connaît que les conclusions qui sont le choix d'une conduite ; ce sont de simples attitudes parfois très subtiles modifiant l'expression du visage, des mains ou du corps dans son ensemble.

(1) Idéologie allemande, Ire partie. Edit. Costes, p. 154.

(1) H. Wallon - De l'Acte à la Pensée 1. Flammarion Edit. 1942.

Dans la « prestance » habituelle de la personne, dans sa structure, dans sa formation, rien ne peut mieux démontrer le rôle de ces relations affectives que leurs conséquences psychologiques chez le jeune enfant quand il ne dispose encore que d'elles vis-à-vis de son entourage (2).

Des observations récentes l'ont confirmé (3). Vers l'âge de 6 mois, quand il entre dans son stade émotif, les soins nourriciers les plus attentifs ne l'empêchent pas de dépérir s'il n'est pas en même temps l'objet de la sollicitude qui entraîne entre une mère et son petit des échanges affectifs par l'intermédiaire de mimiques variées et réciproques. Cette étroite liaison entre sa croissance biologique et son éveil à la vie psychique n'est pas un simple phénomène de répercussion, elle reflète la nature même de l'émotion (1).

L'émotion se meut entre deux sortes de centres nerveux, ceux de la vie végétative dans le cerveau central et ceux qui répondent à la partie frontale des hémisphères cérébraux, dont le développement plus marqué dans l'espèce humaine est un des traits fondamentaux qui la distinguent des autres espèces animales. Elle peut, suivant les circonstances, se rapprocher davantage de l'un ou l'autre pôle, mais leur antagonisme peut aussi lui donner, en particulier chez l'individu psychiquement plus évolué, un caractère équivoque qui l'a fait considérer tour à tour comme une activité en certains cas indispensable ou comme une activité de désarroi et de détresse.

Dans le cerveau central, les centres du diencéphale qui règlent la sécrétion des hormones, les métabolismes essentiels, les rythmes vitaux, tendent à libérer l'énergie nécessaire aux dépenses brusques et massives de l'émotion. Et c'est ainsi qu'elle est bien faite pour répondre aux menaces des situations catastrophiques. Mais dans le domaine moteur qui relève des noyaux sous-corticaux et du mésencéphale, l'émotion peut entraîner le blocage des automatismes les plus urgents, d'attaque, de défense ou de fuite par des spasmes, des tremblements, des convulsions (2). Il paraît alors y avoir dissociation ou conflit entre le mouvement proprement dit et l'activité tonique qui est normalement le soutien de nos attitudes. Au lieu de se déployer vers le monde extérieur en réactions efficaces l'émotion peut ne donner lieu qu'à des attitudes plus ou moins convulsées.

C'est ce qui se produit le plus souvent chez l'homme. Mais au lieu de ne voir là qu'une activité dégradée, il faut y reconnaître une forme nouvelle d'adaptation, celle de l'expression et finalement de la conscience. Les décharges brutales de l'émotion tendent à se muer en système expressif par le moyen des attitudes qui deviennent de plus en plus différenciées et subtiles. Déjà dans nombre d'espèces animales la peur ou l'aggressivité d'un individu se transmettent à ses voisins par une sorte de contagion émotionnelle, c'est-à-dire par mimétisme des attitudes. C'est là dessus que sont fondées les collectivités grégaires. L'attitude implique une situation correspondante qui devient celle du groupe tout entier et qui tire de cette communauté une impériosité d'autant plus grande sur chacun. Ainsi l'attitude devient le support de la conscience à ses débuts. Elle sert à prendre conscience d'une situation soit réelle, mais confusément éprouvée, soit suggérée par autrui et en quelque sorte imaginaire.

(2) H. Wallon - L'Evolution Psychologique de l'Enfant. A. Colin Edit. 1941.

(3) R. Spitz - La perte de la mère par le nourrisson. « Enfance », Nov. -Dec. 194.8.

(1) H. Wallon - L'Enfant Turbulent. Alcan Edit. 1925.

(2) H. Wailon - La vie Mentale. Vol. VIII de « L'encyclopédie Française », 1938.

Cette évolution de l'émotion lui fait évidemment dépasser les limites du cerveau central ; elle exige une participation croissante du cortex et en particulier des lobes frontaux qui sont en connexion anatomique avec les centres sous-corticaux et dont les fonctions paraissent bien être en rapport avec la personnalité morale du sujet, avec son aptitude à délibérer ses conduites, à tenir compte des impératifs sociaux. Physiquement leur insuffisance ou leur détérioration se traduit par l'atonie du visage et la perte des attitudes expressives.

Ainsi l'émotion est-elle ce qui soude l'individu à la vie sociale par ce qu'il peut y avoir de plus fondamental dans son existence biologique, et ce lien ne sera pas rompu, bien que les réactions organiques de l'émotion, à mesure que l'image des situations ou des choses s'intellectualise, tendent à s'effacer. Il y a tout à la fois solidarité et opposition dans la conscience entre ce qui est impressions organiques et images intellectuelles. Entre les deux ne cessent de se poursuivre des actions et des réactions mutuelles qui montrent combien sont vaines les distinctions d'espèces que les différents systèmes philosophiques font entre la matière et la pensée, l'existence et l'intelligence, le corps et l'esprit.

  • Source: Revue numérique Persée